Dr Wenceslas Mahoussi à propos de l’adoption de la Politique nationale de développement des archives : « C’est un nouveau départ dans le secteur des archives »

Moïse DOSSOUMOU 10 mars 2022

Adoptée en Conseil des ministres, en sa séance ordinaire de ce mercredi 9 mars 2022, la Politique nationale de développement des archives vient moderniser ce secteur laissé à lui-même depuis des lustres. Devant être décliné en axes stratégiques et en plan d’opérationnalisation, ce document vient requinquer les spécialistes de la discipline qui ont rongé leur frein des années durant. Maintenant qu’un vent nouveau souffle dans leur direction, ils espèrent que cette volonté politique manifeste sera assez expressive pour des résultats à la hauteur des espérances. Docteur en sciences de l’information et de la communication, Wenceslas Mahoussi a bien voulu se prêter à nos questions, pour nous livrer son opinion sur le sujet. Pour lui, point d’inquiétude à avoir. Le gouvernement ira au bout de sa logique pour la restauration du secteur des archives.

Que vous inspire l’adoption en Conseil des ministres de la Politique nationale de développement des archives ?
Je trouve que c’est une bonne nouvelle, une bonne opportunité aujourd’hui pour le secteur parce que pendant plus de 5 ans, on ne savait où aller. Qu’il vous souvienne que le gouvernement de Boni Yayi avait déjà validé le document de politique et avait demandé son opérationnalisation qui a été faite en 2015. Sous le mandat 2016-2021, le gouvernement avait souhaité faire une relecture, un réajustement sur l’horizon temporel en y intégrant les nouvelles technologies dont le numérique. Ce qui a été fait. Finalement, il y avait eu un glissement temporel 2018-2028. Mais aujourd’hui (Ndlr 9 mars 2022), le gouvernement a adopté cette politique sur l’horizon temporel 2022-2030. A présent, au Bénin, nous avons une boussole en matière de gestion des archives et de cette boussole vont découler toutes les actions et activités qui seront menées dans ce secteur. Donc, c’est clair que les orientations stratégiques dans ce domaine sont définies dans ce document, et de ce point de vue, le secteur des archives ne peut que se porter mieux les jours à venir.

Avons-nous au plan local l’expertise nécessaire pour mener à bien cette Politique ?
Aujourd’hui, nous avons une vingtaine de cabinets spécialisés dans le domaine de l’archivage, que ce soit physique ou électronique. Nous avons au moins deux universitaires qui ont le niveau de doctorat dans cette spécialité. Et nous avons près d’une centaine d’ingénieurs documentalistes et près de 500 diplômés au niveau Licence qui pourront prêter main forte au gouvernement. En l’état actuel des choses, nous avons de l’expertise et les grands projets conduits au Bénin sont pilotés par des spécialistes béninois. Pour moi, il n’y a pas de doute sur la qualité de la ressource humaine qui va opérationnaliser ce document de politique des archives.

Pourquoi, en dépit de cette panoplie de spécialistes que vous citez, le gouvernement déplore l’insuffisance voire l’inexistence de données probantes et fiables pour éclairer la prise de décisions ?
En réalité, c’est une question de volonté politique. Sous Boni Yayi, on l’a constaté. Et le gouvernement actuel vient d’affirmer cette volonté politique en adoptant ce document et après, il faut aussi un plan d’opérationnalisation. J’ai eu la chance en 2015 en qualité d’expert national de faire partie de l’équipe qui a opérationnalisé l’ancien document. Aujourd’hui encore, il faut un plan d’opérationnalisation et cette volonté politique va faire, comme on l’a vu dans le secteur du numérique, dans le secteur de la justice, une sorte de célérité pour donner des directives et faire faire les choses. Par exemple, on va mettre des infrastructures aux normes, on va acheter des logiciels qu’il faut, on va recruter du personnel qualifié. Actuellement, nous avons plus de 300 diplômés qui ne sont pas recrutés. Ces cinq dernières années, le gouvernement n’a pas recruté plus de 20 archivistes. Maintenant qu’il vient de valider ce document, il ne peut que l’opérationnaliser. De mon point de vue, ce document de politique sonne en réalité comme le nouveau départ dans le secteur des archives. Cette volonté politique va s’affirmer de telle sorte qu’il y ait une culture archivistique populaire de l’appropriation de la question du document, de l’information et qu’on doit voir sous ces trois aspects à savoir la valeur informationnelle du document, la valeur stratégique et probatoire et finalement la valeur mémorielle. Et quand je vois ce gouvernement à pied d’œuvre sur les questions mémorielles avec la restitution des biens culturels, ce qui vient de se passer en Conseil des ministres va être un arrimage pour prendre en compte aussi la question des archives.
Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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