ENTRETIEN AVEC Dr KESSILE SARE TCHALA SUR LE COVID-19 : « Pour une réelle prise en charge des patients, il faut une assistance respiratoire artificielle »

Isac A. YAÏ, La rédaction 18 mars 2020

L’actualité sur le Coronavirus évolue et fait réagir les personnalités du monde sanitaire. Dans un entretien accordé à votre journal, Dr Kessilé Sare Tchala, spécialiste de la transplantation rénale en fonction à Paris regrette la propagation du virus en Afrique. Suite à la confirmation d’un cas lundi par le ministre de la santé, le célèbre médecin béninois demande aux autorités de son pays natal d’accélérer les mesures visant la limitation de la propagation de la pandémie.

Un cas de covid-19 a été détecté et confirmé par les autorités publiques. Dr KESSILE quelle est votre première réaction ?
C’est dramatique pour notre pays. Je compte sur la détermination de nos gouvernants pour circonscrire au plus vite ce seul cas pour éviter que le drame ne se transforme en tragédie.

Les réactions pleuvent de partout. Chacun analyse la situation à sa manière. Vous qui êtes spécialiste de santé, quelle lecture faites-vous de ce cas enregistré dans votre pays natal ?
En effet nous ne sommes pas préparés à assurer une prestation de soin en santé dans une détresse respiratoire où il faut une assistance respiratoire artificielle. Les appareils d’assistance respiratoire en vogue chez nous sont juste qualifiés pour les blocs opératoires. Ils ne sont pas prévus pour fonctionner 24h/24. Donc vous comprenez clairement que nous sommes devant le fait accompli et nous devons pouvoir donner une réponse adéquate à cette situation qui ne laisse indifférent aucun pays.

Les autorités béninoises avaient pris des mesures de préventions. Vous suivez de près l’actualité de votre pays. Est-ce que ces mesures suffisent-elles ?
Le pouvoir a lancé une campagne d’information et a créé des centres d’isolement. Ce sont des mesures dans la bonne direction. Cependant, pour espérer le meilleur il faut absolument prévoir le pire. Ce qui se passe est inédit. C’est une guerre contre un ennemi invisible. Il faut une union nationale pour vaincre le virus et il ne faut surtout pas politiser cette épreuve. C’est une question de santé publique. Chacun de nous est appelé à jouer sa partition.

Le cas détecté et confirmé au BENIN a pris par l’aéroport international de Cadjèhoun où il y avait pourtant un dispositif de contrôle. Est ce qu’on peut affirmer que le système est défaillant ?
Non ! Le virus a un temps d’incubation de 2 semaines. Ce ne serait donc pas honnête de ma part d’accuser les services de contrôle. Cependant, on peut constater qu’il y a eu un dysfonctionnement au niveau du système. L’urgence n’est pas de polémiquer autour de ce cas détecté mais plutôt de renforcer le système de prévention. C’est d’ailleurs le seul moyen réaliste dont dispose le Bénin pour le moment. Nos hôpitaux n’ont pas les équipements adéquats pour faire face à l’épidémie. Donc c’est la prévention et rien que la prévention.

Dr Kessile je sais que vous connaissez bien le dispositif actuel de votre pays en termes d’équipement sanitaire. Est-ce que vous pensez qu’il est indispensable de faire appel aux compétences étrangères pour venir au secours du Bénin ?
Nous n’avons même pas le choix. L’Italie est assistée par la Chine. Aucun pays ne saurait prétendre résoudre à lui seul cette épidémie. Le Bénin comme d’autres pays a donc besoin d’assistances étrangères et surtout de la communauté internationale. Et je pense que l’OMS s’active déjà.

Vous avez réussi à vous imposer sur le plan international grâce à votre professionnalisme notamment en France. Dans ce contexte de crise sanitaire quel rôle entendez-vous jouer pour aider votre pays ?
J’apporte tout mon soutien au personnel en charge de la santé. Ma disponibilité vis à vis de notre pays à ces moments de grande épreuve est absolue.

Certains africains qui sont à l’étranger pensent qu’il faut rentrer au bercail car la pandémie est moins présente en Afrique qu’en Europe et autres. Qu’est-ce que vous leur dites ?
Ceux qui pensent que la pandémie épargne l’Afrique me rappellent ceux qui disaient autrefois que le cancer n’existait pas chez les africains. Cependant il vaut mieux qu’il y ait peu de mouvements humains entre l’Europe et l’Afrique pour limiter la contamination. Il y a certains qui pensent que l’alcool limite les risques de contamination. A ceux-là, il faut dire que la France produit plus d’alcool que le Bénin. Et pourtant elle est fortement touchée. Donc vous comprenez que c’est ridicule de penser que l’alcool est une prévention contre le Covid-19.

Que conseillez-vous de façon pratique aux populations et aux autorités ?
La promiscuité dans les transports, nos marchés, nos mosquées et nos églises, nos cérémonies de joie ou de deuil, c’est contre tout cela que le pouvoir doit se dresser pour nous permettre de prendre le dessus contre cet ennemi invisible. Les populations doivent rigoureusement suivre les recommandations des autorités sanitaires.

Est-ce que vous pensez qu’il faut dès maintenant passer au confinement ?
Le pouvoir doit passer à un autre stade qui devra limiter les rencontres. Le Sénégal, la Cote d’Ivoire et d’autres pays l’ont déjà fait. Ce sont des décisions courageuses. Et ces genres de décisions s’imposent à nous aussi au Bénin. L’Autriche par exemple a interdit des rassemblements de plus de 5 personnes. Il faut impérativement aller à ces écoles. Lorsqu’il s’agira de prendre en charge les patients, il faut penser à protéger le personnel soignant exposé.
Entretien réalisé par Clément O. ATCHADE





Dans la même rubrique