L’Imam Landou A. Sanoussi Soubérou à propos du covid-19 au Bénin : « …Nous sommes prêts à fermer les Mosquées si le gouvernement le recommande… »

Arnaud DOUMANHOUN, Isac A. YAÏ 20 mars 2020

La pandémie du Covid-19 tient le monde entier en haleine. Le Bénin n’est pas non plus épargnée. Face à cette situation, les confessions religieuses ont commencé à prendre leurs responsabilités pour accompagner les mesures prises par le gouvernent. Dans un entretien accordé à votre journal, l’Imam Landou Amadou Sanoussi Souberou de la Mosquée de Houinmè Djaguidi, mosquée n°2 de Porto-Novo et président des Imams Djamiou des départements de l’Ouémé et du Plateau, s’est prononcé sur les recommandations de l’Union Islamique du Bénin (UIB) dont il est membre et a donné son opinion sur la situation.

L’actualité, c’est le coronavirus, encore appelé le Covid-19. En tant qu’Imam, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Quand nous les Imams avons appris la nouvelle, nous n’étions pas étonnés parce que le Coran a déjà tout dit. Les hommes ont de mauvais comportements dans la vie et c’est cela qui nous rattrape. Tout ce qui se passe avec cette maladie n’est pas de la volonté de Dieu. C’est à cause de nous-mêmes et surtout à cause de nos comportements qui sont en déphasage avec la parole de Dieu. On manipule tout ce qui est à notre portée au lieu de respecter les saintes écritures. Maintenant que le mal est là, tout ce que nous pouvons faire, c’est d’accompagner nos dirigeants par des prières parce que ce sont eux qui désormais gèrent la situation.

L’Union Islamique du Bénin dont vous êtes membre vient de sortir un communiqué qui appelle les fidèles musulmans à respecter scrupuleusement les recommandations du gouvernement. Vous n’êtes pas sans savoir que les musulmans prient ensemble en rangs serrées. Comment appliquez alors les règles d’hygiène.
Il est vrai que parmi les mesures de lutte contre la propagation du coronavirus, il est recommandé de limiter les contacts, je voudrais vous rassurer que dans le communiqué de l’UIB, un appel a été lancé aux Imams et autres responsables des Mosquées pour mettre en place des dispositifs pour le lavage des mains à l’entrée et à la sortie des Mosquées. Il faut aussi rassurer la communauté musulmane que l’usage des produits désinfectants au niveau des Mosquées ne gâte pas l’ablution parce que Dieu est Miséricordieux et comprend ses enfants lorsqu’ils sont dans des situations difficiles comme celle que nous traversons en ce moment. C’est le moment pour nous de remercier le gouvernement du Bénin pour ce qu’il fait pour nous épargner le pire.

Que faites-vous de manière concrète au niveau des Mosquées ?
Comme je viens de vous le dire, nous sommes prêts à fermer les Mosquées si le gouvernement le recommande comme c’est le cas au Maroc et même au lieu saint de l’Islam en Arabie Saoudite. Mais depuis l’annonce de cette maladie, nous ne cessons de sensibiliser les fidèles à chaque heure de prière et surtout à la prière du vendredi. Nous suivons de très près ce que le gouvernement fait. Le coronavirus est assez grave pour qu’on ne suive pas les recommandations du gouvernement.

Nous sommes normalement dans les préparatifs du pèlerinage à la Mecque. Comment les candidats au Hadji ont-ils accueilli la nouvelle ?
Ce sont des croyants. Ils ont accueilli la nouvelle comme tout le monde. Déjà le petit pèlerinage appelé Oumra n’a pas eu lieu cette année à cause du coronavirus. Si les autorités de l’Arabie Saoudite ont fermé la grande Mosquée de la Mecque où se trouve la Kaaba, qui sommes-nous pour vouloir autre chose. La situation est mondiale et presque tous les pays sont affectés. Alors, la lutte doit être mondiale. Cependant, je dois vous dire que la porte de la Kaaba ne sera jamais fermée pour Dieu parce que chaque jour, 70 mille anges tournent autour de la Kaaba. Il y a quelques jours, alors qu’il n’y a pas eu la Tawaf autour de la Kaaba, ce sont des milliers de colombes qui ont apparu au niveau de la Kaaba.

Quand les candidats au pèlerinage à la Mecque viennent vers vous comme vers les convoyeurs, qu’est-ce que vous leur dites ?
Nous leur disons de patienter et de suivre l’évolution de la situation. On attend la décision du gouvernement.

Est-ce que les convoyeurs leur prennent les frais du Hadj ?
Non ! C’est le gouvernement qui organise le pèlerinage en collaboration avec les convoyeurs. Il n’est pas question de prendre de l’argent chez les candidats au Hadj parce que c’est le gouvernement qui affrète les avions et facilite le voyage en Arabie Saoudite. Vous devez savoir qu’au cours de son conseil extraordinaire mardi dernier, le gouvernement du Bénin a décidé de suspendre les préparatifs du Hadj 2020. Nous respectons donc les mesures du gouvernement. C’est pour le bien de tous.

Vous êtes dans une communauté au sein duquel il y a beaucoup d’hommes et de femmes qui font des affaires entre le Bénin et plusieurs pays où sévit le Covid-19. Est-ce qu’ils sont inquiets ?
Ils sont plutôt méfiants parce que pour eux, le coronavirus est synonyme de la mort.

Est-ce qu’il ne faut pas craindre pour l’économie mondiale en général et pour l’économie de notre pays avec cette maladie ?
Sans aucun doute puisque les activités économiques sont au ralenti. Mêmes les autorités ne voyagent plus. Nous ne le souhaitons pas, mais si la pandémie prend de l’ampleur chez nous, on aura même du mal à manger parce que nous sommes un pays pauvre où des gens se débrouillent.

Comment gérer avec succès l’entrée des personnes dans notre pays ? Les frontières béninoises sont poreuses.
Je crois que nous devons faire confiance au gouvernement pour gérer cette situation. Mais nous avons le devoir d’accompagner le gouvernement en sensibilisant abondamment notre entourage sur le danger de la maladie. Lorsqu’on entend le Directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dire que l’Afrique doit se préparer au pire par rapport au Covid-19, je crois qu’il faut le prendre au sérieux.

Quand l’UIB dit qu’il faut des dispositifs à l’entrée des Mosquées pour se désinfecter en entrant et en sortant, qui va les financer ?
Vous posez là une question importante. Mais nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons que compter sur nos propres forces et sur les personnes de bonne volonté. Les Imams sont pour la plupart des gens qui assistent les personnes démunies. Si le gouvernement aussi nous accompagnait, nous n’allons pas refuser. Il faut d’abord compter sur nos propres forces en respectant les mesures préventives.

Est-ce que vous croyez que la communauté internationale arrivera à bout de cette maladie ?
Bien sûr que j’y crois. Ce n’est pas la première fois que le monde entier fait face à une pandémie. J’y crois et je prie Dieu qu’il assiste les scientifiques et les chercheurs pour trouver un vaccin et des médicaments contre le coronavirus. Mais je ne finirai pas sans rappeler que nous devons respecter les recommandations du gouvernement. Il faut surtout beaucoup prier parce qu’avec la prière, l’homme puisse relever des défis.

Propos recueillis par Karim Oscar ANONRIN





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