Nourou Dine Saka Saley à propos du procès intenté contre ses pourfendeurs : « Tout dépendra de la justice… »

Moïse DOSSOUMOU 3 mai 2022

Acteur politique, membre fondateur du parti « Les Démocrates », opposant au régime de Patrice Talon, Nourou Dine Saka Saley est depuis quelque temps la cible de diverses accusations. Approché, l’intéressé les balaie du revers de la main et livre sa part de vérité. Ayant saisi la justice non seulement au Bénin mais aussi à l’international, il espère que le droit sera dit et son honneur lavé.


De quoi retourne cette affaire pour laquelle vous assignez plusieurs personnes ?

Vous me permettrez pour des raisons de respect de la procédure pénale engagée, de ne résumer que Le volet transactionnel de l’affaire.
Une affaire commerciale suffisamment banale, datant d’Avril 2020, et qui dans la même période, avec un autre ami pharmacien, assez connu de la place, a été une opération normale et close. Par décence, je ne l’ai pas cité à comparaître. Il a le plein droit de se prononcer volontairement et spontanément.
Je ne suis ni vendeur, ni intermédiaire commercial, mais ai des amis industriels et négociants de plusieurs types de produits de grande consommation.
C’est une commande à laquelle l’acheteur (un des assignés), à l’initiative de la transaction (il est important de préciser qu’il n’a pas été démarché), a renoncé alors que la marchandise était déjà confiée au transporteur par le vendeur (la société chinoise), et dans les délais. Les habitués des transactions commerciales avec la Chine peuvent vous expliquer les chances d’être remboursé dans un tel cas.
Il se fait que pour des raisons qui lui sont propres, il a jugé bon de s’en prendre à ma personne plutôt que de gérer la situation commerciale avec le vendeur, bien que ce dernier, contrairement aux pratiques, a accepté à ma demande, en solution amiable, de restituer les fonds à mon ami l’acheteur.
Sûrement a-t-il fait le raccourci qu’user de manœuvres d’intimidations sur moi, homme politique, lui aurait permis de récupérer son argent malgré son annulation fautive.
Vous vous souvenez sûrement qu’au mois de Novembre 2020, un organe de presse dit proche du pouvoir, m’a listé comme un des trois potentiels candidats du parti « Les Démocrates » à la Présidentielle de 2021.
À un moment, par ego et par dignité, j’avais pris la décision de lui remettre les fonds sur mes deniers, quitte à subir moi-même les délais de restitution par la société de Chine. Mais je me suis ravisé, parce que j’ai compris à ses allusions et propos injurieux, que ça n’aurait pas changé sa perception et ne servirait à rien. J’ai donc préféré laisser courir l’accord qu’il a conclu avec la société lui ayant vendu la marchandise, tout en servant de témoin de part et d’autre.
C’est suite à cela, les actes de calomnie et autres par la presse après ses menaces de mort et de projet de dénigrement ayant commencé, que j’ai déféré ces faits à la justice, tout en citant à comparaître également, les deux sociétés liées à la transaction.

Depuis Avril 2020 dites-vous, pourquoi porter votre action seulement en 2022 et quelles sont les suites ?

L’audience est prévue pour le 18 mai 2022. Les suites dépendront de la justice à laquelle j’ai déféré les faits, preuves et requêtes. J’ai également engagé une procédure pénale, mais plus large, à l’étranger par le biais d’une plainte collective. L’action au Bénin est engagée depuis le 10 février 2022, mais vous supposez bien que le dossier est en préparation depuis fort longtemps.
Dès le 2 juin 2021 où j’ai été menacé de mort et de salissures, j’ai mandaté des huissiers pour surveiller toute publication dans la presse écrite et les réseaux sociaux. Les avocats ont été également concomitamment constitués pour les besoins de la procédure.
Par principe et symbole, mais surtout pour l’histoire, j’ai également saisi la HAAC et l’ODEM. 
Vous vous imaginez l’investissement financier et humain. Mais pour mon honneur, rien ne sera suffisamment cher pour le préserver.
Ils sont loin de soupçonner le type et la qualité de relations personnelles que j’ai dans notre pays, et que je peux mettre à contribution comme leviers d’influence, mais ce serait comme si je me reproche des fautes. Ils estiment que je suis assez grand et courageux pour me rendre coupable d’escroquerie. Je veux donc, par ces actions, surtout prouver que je suis suffisamment grand, pour me porter vers la justice quand mon honneur et ma réputation sont en jeu.

Vous sentez vous menacé M. SAKA SALEY ?

Vous pouvez le matin, seul dans votre douche, faire un faux pas et perdre la vie. La sécurité humaine ne dépend pas de notre volonté.
Peut-être que vous voulez insinuer que je demande la protection policière, ce dont j’ai le droit au regard des menaces écrites et non ambiguës, mais j’ai fait la seule chose que je connaisse adéquate en la matière : saisir la justice, qui est libre de décider des mesures idoines.
Mais je vous confesse que c’est choquant que quelqu’un que vous avez aidé par le passé, parce que vous le considérez comme un ami, tienne des propos qui laissent penser qu’il peut attenter à votre vie. Je vous passe les détails des angoisses de ma famille dès que je suis à Cotonou, à l’idée de penser qu’une personne veut s’en prendre à la vie du père, du frère, du compagnon que je suis.
Pendant ce temps, certaines personnes se regroupent et s’amusent à en faire un sujet d’écrits et de plans funestes, et rentrent tranquillement chez eux border leurs enfants.
Mon éducation familiale et culturelle n’est pas de s’accaparer les biens d’autrui, et mon métier est au contraire de leur en faire gagner.
Je l’ai aidé dans une affaire contre l’Etat, où je l’avais mis en garde qu’il se ferait abusivement rompre son contrat. Le contrat a été effectivement abusivement rompu comme je lui avais prédit, et il a eu le réflexe de me solliciter. Mon aide lui a permis d’obtenir de l’État le dédommagement adéquat, au-delà même de ses attentes, avec la restitution de son matériel, si j’en crois son enthousiasme quand il a eu la grandeur de m’appeler pour me l’annoncer et me remercier.
Quand j’aide, c’est à titre gratuit même si ça vous permet de faire des profits énormes. L’artiste Richard Flash et le prestataire de marchés publics Emmanuel Loïc Ayadji, par exemple, peuvent en témoigner. Pourtant je ne les connaissais pas avant qu’ils ne me sollicitent soit directement ou indirectement.
Oui, c’est choquant humainement d’entendre quelqu’un que vous avez aidé à préserver ses ressources, gracieusement de surcroît, tenir de tels propos.
Pour qui me connaît, ne traverse pas ma porte qui veut. J’ai une hygiène de vie et de fréquentations assez rigoureuse. Je l’ai reçu à déjeuner chez moi, avec sa compagne. Il connaît chez moi. Il lui est donc loisible de venir mettre à exécution sa menace. Je l’attendrai.

Pensez-vous qu’il y a une machination politique derrière tout cela ?

Absolument certain. Et ce ne serait pas la première tentative.
Des jeunes filles ont déjà été envoyées pour me compromettre, par des personnes qui croient que je suis fragile de la braguette comme eux. Pour certaines, je feins de ne pas savoir, pour les laisser dans l’illusion et envoyer de fausses informations à leurs mandants. Par pudeur et pitié, je n’expose pas ces jeunes filles par des dénonciations parce que je suis convaincu qu’elles sont hélas victimes d’une espèce de traite humaine.
Je ne sais pas quelles mains politiques exactement sont derrière cette manœuvre, mais c’est une évidence puisque les personnes utilisées sont évocatrices sur l’orientation politique donnée. J’ai été présenté comme opposant, célèbre, et il a même été titré qu’il faille que la direction de mon parti se saisisse de "cette faute lourde", comme quoi les procès avaient déjà été faits par eux et la sentence livrée.
L’un de ceux qui m’accablent a même dit « il a des ambitions pour 2026, il parle et personne n’arrive à le contredire, je ne l’aime pas » et a rajouté en langue fon « adjoto wè » (c’est un voleur). Si j’étais ce qu’il dit, ça se saurait. Autant de méchanceté inutile, ne doit pas être passé sous silence. Je suis responsable de ma famille, et m’intéresser à mon pays n’est pas synonyme d’accepter que mon nom soit une seule fois, lié à une telle qualification infamante.
C’est pour remonter toute la chaîne, que j’ai engagé une procédure à l’étranger dont les enquêtes seront plus larges que la citation directe intentée chez nous contre des personnes de manière limitative.

Propos recueillis par Moïse DOSSOUMOU





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