Professeur Nestor Aho au sujet des dates de démarrage des saisons : « Ce n’est pas dès qu’il y a pluie qu’il faut semer… »

Fulbert ADJIMEHOSSOU, Isac A. YAÏ 18 mars 2020

Beaucoup se posent la question de savoir si les pluies de ces derniers jours annoncent la fin de la grande saison sèche et son corollaire de chaleur et si les semis peuvent démarrer dans le Bénin méridional. C’est le temps des incertitudes par rapport aux limites et aux comportements des saisons. Invité sur Actu Matin, le 12 mars 2019, le Professeur Nestor AHO, Agro climatologue apporte des éclaircissements et revient sur le répertoire des dates prédéterminées des saisons.

Professeur Nestor Aho, vous êtes auteur d’un répertoire des dates prédéterminées des saisons des villages et quartiers de ville au Bénin publié il y a quelques jours. Quel est l’intérêt pour les producteurs ?
L’intérêt est que désormais, dans nos villages et dans nos champs, les acteurs vont savoir à partir de quand ils peuvent compter sur la saison des pluies dans leur village. C’est ça la saison. Ce n’est pas les évènements pluvieux. Les évènements pluvieux apparaissent au sein des saisons. C’est d’abord la saison qui est là et comme manifestation, il y a les pluies qui tombent. Il y a quelques jours, la pluie est tombée abondamment à Cotonou. Et pourtant, on est encore loin de la saison. Si quelqu’un sème là, il va tout perdre. Il faut donc attendre que ces dates-là soient réalisées avant de s’engager sinon on perd tout.

Il est écrit dans le document que la saison démarre à Cotonou le 15 avril. Dans une localité comme Kaya à Tchaourou, c’est le 27 avril. Comment le producteur peut-il le savoir s’il n’a pas le document ou qu’il ne sait pas lire ?
Ce document est destiné en réalité à tous les villages, à tous les chefs de village. Le Pnud a prévu d’aller dans le milieu réel pour qu’on explique aux paysans comment ces choses peuvent se passer. Au moins dans chaque milieu, les gens sauront ce qu’il faut faire, quand la pluie va commencer et comment organiser les activités agricoles. Ce n’est pas seulement l’agriculture. C’est pour aussi les questions de l’eau. Il faut bien savoir comment gérer les barrages hydrauliques, quand actionner les vannes et autres. C’est tous les secteurs où on a besoin de l’eau pour faire quelque chose.

Revenons aux fondamentaux. On a souvent enseigné que les saisons démarrent pratiquement mi-mars. Mais aujourd’hui, il y a des perturbations. Quelles sont les conséquences des variabilités, du dérèglement climatique ?
Depuis un certain temps, il faut reconnaître que les acteurs ne savent pas très bien à quel saint se vouer comme on le dit. Les dates classiques sur lesquelles on fonctionne ne sont plus sûres. C’est par région. On dit au Sud, il faut commencer à partir du 15 mars.
Dans d’autres régions, c’est avril, voire mai. Ces dates qui avaient été établies il y a longtemps et qui fonctionnaient très bien ne marchent plus à cause des changements climatiques. Les changements climatiques jouent sur les évènements pluvieux. Il ne pleut plus comme avant. La masse d’eau qui tombe ne change pas significativement. Mais la répartition change. Il pleut aujourd’hui pendant moins de temps qu’avant, pendant beaucoup moins de jours de pluies qu’il y a quelques années. Les moments auxquels les producteurs intervenaient avant, quand ça arrive, il n’y a pas de pluies.

Alors, si les producteurs respectent les dates déterminées et que deux ou trois semaines des poches de sècheresse surviennent, que peuvent-ils faire ?
Les poches de sécheresse arrivent localement. Ici à Cotonou, il peut pleuvoir à Mènontin mais pas à Akpakpa. Ça arrive régulièrement. Parce que les conditions sont différentes. L’écart justifie que les évènements pluvieux ne soient pas les mêmes. On peut le définir localement.

Mais ça constitue un facteur de stress pour les producteurs
Oui c’est un problème. Ça se prévoit. Il faut connaître à l’avance ces poches pour intervenir et y faire face.

Comment anticiper ? Faut-il mettre plus tôt les semis ?
Les semis doivent être mis en place non seulement en fonction des dates de saison mais aussi en fonction de la physiologie des plantes. Ce n’est pas dès qu’il y a pluie qu’il faut semer. Une culture comme le maïs qui marche peut être semée dès les premières pluies. Vous prenez une culture comme l’arachide et le Niébé, ou le Soja, ça ne fonctionne pas comme ça. Si au Sud du Bénin, vous semez le Niébé dès les premières pluies vous ne pourrez rien récolter. Parce que pendant le moment où la longueur de la journée s’allonge, c’est-à-dire lorsqu’on est avant le 21 juin, le Niébé ne fleurit pas. Ça va faire des feuilles tout le temps mais pas des fleurs. C’est la physiologie de la plante qui veut cela. Il faut donc respecter ça si on veut réussir en Agriculture. Ce n’est pas l’eau seule le problème des cultures. Il faut prendre en compte leur physiologie aussi.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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