Editorial : A l’école de la Police républicaine

Moïse DOSSOUMOU 7 février 2018

Lorsque cette réforme a été annoncée, beaucoup de Béninois ne vendaient pas cher sa peau. Même dans le sérail du pouvoir, très peu de gens y croyaient. D’autant plus que les acteurs clés chargés de sa mise en œuvre y ont opposé dans le silence et la réserve qu’impose leur métier une résistance farouche. Dans leurs unités respectives, des grognements sourds et répétés se faisaient entendre. C’était un secret de polichinelle que les policiers et gendarmes n’avaient aucune envie de se fondre dans un seul et même ensemble. Jaloux de leurs attributs, les éléments de ces deux corps chargés de la sécurité publique n’ont pas développé l’habitude de coopérer et se considéraient mutuellement, toute proportion gardée, comme des adversaires, sinon des ennemis. Mais Patrice Talon, convaincu de son affaire, a voulu révolutionner les choses à ce niveau. Et cahin-caha, au fil des semaines et des mois, la Police républicaine est devenue une réalité.
Tout a commencé par la mise en place d’une commission composée des spécialistes des questions de sécurité. Ensemble, ces experts ont réfléchi et fait des recommandations dont le gouvernement a tenu compte pour rendre cette réforme effective. Une fois l’aval de la Représentation nationale obtenu, la Police républicaine qui est une fusion de l’ex police nationale et de la gendarmerie nationale a vu le jour. Sur papier, c’est chose faite. Même si pour l’instant, la différence de corps demeure perceptible du fait de l’indisponibilité des nouveaux uniformes, policiers et gendarmes travaillent désormais ensemble. Les nouveaux patrons de la nouvelle direction générale de la Police républicaine sont connus. Ils sont à pied d’œuvre pour traduire en actes les ambitions du gouvernement qui veut rationaliser les ressources et les moyens afin de répondre aux besoins pressants des populations sur le plan sécuritaire.
Le Général Nazaire Hounnonkpè et son adjoint le Colonel Yaya Soumaïla, chargés de conduire les rênes de la nouvelle force de sécurité publique ont du pain sur la planche. Au-delà des questions liées à la définition de la carte sécuritaire et des stratégies afférentes, il leur faut aussi et surtout dénicher les compétences afin de les positionner au niveau des directions et services qui seront incessamment créés. Qu’il s’agisse des unités spécialisées, des commissariats ou des services clés, l’un des défis qui s’imposent à ces hommes, c’est de trouver les hommes et les femmes capables d’impulser la nouvelle dynamique recherchée. La cohésion, voulue et recherchée par l’Exécutif en initiant cette réforme devra être une réalité entre policiers et gendarmes. En faisant preuve d’un leadership avéré, en galvanisant la troupe, en créant progressivement les conditions de son épanouissement, nul doute que les deux hommes placés à la tête de la nouvelle force de sécurité publique feront des merveilles.
Cette expérience béninoise qui n’est qu’à ses débuts fait paradoxalement école. Depuis hier, sous l’égide de la Fondation Konrad Adenauer, des membres de la société civile béninoise et des députés de la sous-région échangent sur les textes juridiques régissant la Police républicaine. Le but de ces assises est de favoriser un cadre de dialogue entre les parlementaires, notamment les présidents des commissions permanentes en charge des questions de sécurité, les professionnels, la société civile sur la réforme du secteur de la sécurité en Afrique subsaharienne. Venus du Togo, de la Guinée, du Niger, de la Côte-d’Ivoire, du Tchad, du Burkina-Faso, ces députés et experts évoqueront les expériences respectives de leurs pays avant d’opiner sur « l’enjeu de la réforme du secteur de la sécurité dans les Etats africains relativement stables comme le Bénin ». Déjà à ses débuts, la Police républicaine béninoise séduit et a vocation à faire des émules. Pourvu que les populations en ressentent les effets au quotidien partout où elles sont appelées à se déplacer.





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