Editorial : Alternative citoyenne dans tous ses états

Moïse DOSSOUMOU 6 mars 2018

Les temps changent, les postures varient et les individus se révèlent. Les têtes de pont du parti Alternative citoyenne permettent de vérifier cette assertion. Le samedi dernier, ils se sont réunis à Abomey, à l’occasion de la rentrée politique de ce creuset qui appartient de fait à la majorité présidentielle. Joseph Djogbénou et compagnie ont passé en revue l’actualité politique nationale en exprimant une fois encore, comme s’il fallait le marteler à temps et à contretemps, leur adhésion aux idéaux prônés par Patrice Talon. Comment pouvait-il en être autrement si les ténors de ce parti sont devenus des personnalités, l’une par sa nomination à un ministère de souveraineté, l’une encore qui a hérité du siège de son compagnon de fortune à la Représentation nationale et l’autre qui trône désormais dans le douillet fauteuil de la direction générale d’un office public. Ils participent tous avec un enthousiasme débordant à la gestion du pouvoir d’Etat.
En décidant de maintenir le cap, le parti Alternative citoyenne se veut être un bouclier du gouvernement afin de neutraliser les attaques politiques en provenance de divers horizons. Contrairement à hier où, quoiqu’on dise, la contradiction était de mise, les responsables de ce parti estiment aujourd’hui que les contempteurs du gouvernement ont pour motivations l’émotion et le ressentiment. Un peu comme pour dire qu’ils étaient mus par la conviction dans un passé pas très lointain lorsqu’ils avaient la gâchette facile contre Boni Yayi et son équipe. Au Bénin, selon les circonstances, lorsque les acteurs politiques changent de rôle, ils font vite de décrédibiliser ceux qui occupent les places qu’ils ont laissé vacantes. Dans cette quête de revendication et d’appropriation de la vertu, Alternative citoyenne demande à tous d’avoir foi en Patrice Talon et de travailler pour le bien du pays au lieu de céder à d’autres courants de pensée.
Qui dit Patrice Talon, dit réforme. Et Alternative citoyenne n’a pas manqué d’opiner à ce propos. Se désolant de la réalité selon laquelle le Bénin compte 236 partis politiques et 17 alliances de partis, Joseph Djogbénou et ses compagnons estiment que cela ne peut plus perdurer. C’est pourquoi, ils martèlent que le « regroupement des partis politiques actuels en de grands blocs est d’une nécessité implacable et incontournable ». Dans la même veine, toujours sur le plan des réformes, ils affirment par rapport à la grève, qu’ « on ne peut pas évoquer un droit fondamental suprême qui relèguerait d’autres droits dans une subordination de circonstance et sciemment entretenue ». Allusion faite à la première décision de la Cour constitutionnelle de cette année 2018 qui a réduit en cendres les espoirs brûlants du gouvernement et de ses affidés qui ne juraient que par la suppression de ce droit. Tout porte à croire qu’ils n’ont pas encore baissé la garde.
Enfin, et c’est la partie la plus intéressante du discours de rentrée politique, Alternative citoyenne clame haut et fort que « le Bénin va mal, malade de ses enfants devenus des agents permanents du mal… Tout se résume à la politique et l’on concentre les efforts contre un gouvernement pour la stagnation du Bénin… ». Cette posture bien décrite par Alternative citoyenne a été il y a peu celle de ses leaders qui vouaient systématiquement aux gémonies les actions de Boni Yayi et de son gouvernement. En ce temps-là, il faut croire que le Bénin allait bien et que ses enfants étaient des agents permanents du bien. L’initiative du « mercredi rouge » était-elle plus vertueuse que l’actuel « Front du sursaut patriotique » ? Les marches aux côtés des magistrats pour le maintien du droit de grève à cette corporation sont-elles plus républicaines que la grève en cours de l’Unamab pour la sauvegarde des droits acquis ? Le débat est ouvert.



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