Editorial : Code électoral, le vin est tiré !

Angelo DOSSOUMOU 11 octobre 2018

Promulgué et bon pour servir. Le code électoral l’est désormais. Mis en conformité avec la Constitution par les députés lundi dernier, à six mois des prochaines élections, il ouvre la voie à une nouvelle expérience démocratique au Bénin. Avec l’actuelle donne, la classe politique retiendra qu’elle n’a plus d’autre choix que d’unir ses forces. Fini le temps des candidatures fantaisistes. Bienvenue aux compétitions électorales à l’allure de référendum. Pour preuve, clairement, le législateur béninois, à travers certaines dispositions du code électoral, a décidé de court-circuiter les adeptes de la théorie « l’essentiel est de participer ». En un mot, les carriéristes politiques béninois sont aussi appelés à serrer leurs ceintures et à réfléchir par trois fois avant de se lancer à la conquête de l’électorat.
Car, tout simplement, plus rien ne sera comme avant. Déjà, après une lecture en diagonale de la loi N° 2018-31 du 9 octobre 2018 portant code électoral en République du Bénin, on est surpris de s’attarder sur le quitus fiscal des trois dernières années exigé aux candidats, les cautionnements et l’interdiction de la participation des alliances de partis aux élections. Aussi, retient-on qu’on aura une Cena en charge du financement des partis politiques. En somme, le nouveau document de près de 400 articles promulgué et devant régir l’organisation et la participation aux prochaines élections, ouvre de nouveaux horizons à l’animation de la vie politique au Bénin.
Alors, pour les acteurs politiques, retenons qu’il y a dorénavant l’équation cautionnement à résoudre. 249 millions pour chaque liste de candidatures aux législatives et 250 millions pour briguer la magistrature suprême. D’ailleurs, à sa sortie du laboratoire de la Commission des lois à l’Assemblée nationale, ce sont ces montants, a priori hors de portée des bourses de petits bourgeois, qui ont focalisé l’attention. Seul mérite de ces cautionnements, les candidats aux législatives mettront tous la main à la poche et les prétendants au fauteuil présidentiel ne se bousculeront pas sur la ligne de départ.
Mais, prenons garde à ce que le facteur ‘‘argent’’ ne devienne quasiment le seul critère déterminant pour départager les ambitions voulant se mettre au service de la nation. Sans vouloir se mentir, en dépit du financement public prévu pour les partis politiques, une porte vient d’être grandement ouverte à la surenchère pour les positionnements et les soutiens. Sans quoi, je serai agréablement surpris qu’avec le nouveau code électoral, le militantisme participatif soit réellement au rendez-vous. Mais, sait-on jamais !
Parlant du quitus fiscal, l’autre point qui a déchaîné les passions, en principe, théoriquement, elle devrait faire l’unanimité. Mais, quand au Bénin, la politique s’invite dans tout, souffrons que les appréhensions soient légitimes. Sinon, un bon citoyen s’acquitte de ses dettes envers l’Etat et s’il le fait, en toute transparence, il n’aura aucun complexe à l’exiger des autres. En définitive, pour ce qui est du nouveau code électoral, le vin est tiré. Et s’il est délicieux ou amer, chacun l’appréciera au moment opportun, surtout les politiciens qui doivent apprendre à le boire pour qu’après les élections, ils n’aient pas la gueule de bois. Et ça, c’est très important pour leur survie sur la scène politique.





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