Editorial : « Daagbo » dans la peau d’un médiateur

Moïse DOSSOUMOU 7 mars 2018

Elle s’est découvert une nouvelle vocation. La dieue de Banamè s’invite sur le terrain de la résolution de la crise sociale. Une première dans les annales de cette confession religieuse dont la création a suscité bien de remous. A tort ou à raison, les fidèles de ce courant de pensée qui défie l’Eglise catholique romaine, en s’arrogeant la plupart de ses attributs, au point de semer la confusion dans les esprits, sont perçus comme des fauteurs de troubles. A ce propos, les premiers responsables de cette religion ont d’ailleurs essuyé les critiques les plus virulentes. Paradoxalement, ils n’ont rien fait pour s’en défaire. Au fil des semaines, des mois et des années, les Béninois ont appris à composer avec ce creuset religieux né avec des dents. Ces jours-ci, à la surprise générale, les leaders de cette église sont sortis de leur pré carré avec pour ambition de contribuer à la résolution de la crise sociale.
En conviant les responsables de la Bourse du travail à la chancellerie d’Abomey-Calavi le week-end écoulé, « Daagbo » et son « pape » ont manifesté la volonté de se montrer sous un nouveau jour. Citoyens d’abord, responsables religieux ensuite, ils veulent peser de tout leur poids pour susciter et faciliter le dialogue entre les travailleurs et le gouvernement qui se livrent un combat de chiffonniers depuis des semaines. Le but de cette manœuvre étant la levée des motions de grève et la reprise du travail dans les administrations paralysées. Personne ne peut donc en vouloir à l’Eglise de Banamè de jouer aux bons offices pour une cause nationale. L’essentiel est que sa médiation porte des fruits. Dans le cas contraire, elle aurait quand même essayé. L’esprit d’ouverture des syndicalistes est à saluer car ils se sont débarrassés des préjugés pour aller à la rencontre de ce « dieue » qui défraie la chronique.
Satisfaite de la rencontre, le leader des Daagbovis a promis peser de tout son poids afin que le gouvernement lâche du lest. L’intérêt de « Parfaite » pour cette actualité n’est pas anodine. En effet, aux premières heures de cette crise qui perdure, la Conférence épiscopale du Bénin, fidèle à ses habitudes, était montée au créneau. Piqué au vif, le chef de l’Etat a convié les évêques à une séance de travail. La suite, nous la connaissons. Pour rester dans cette dynamique, Patrice Talon a tenu à rencontrer l’Eglise protestante méthodiste, l’Union islamique et les représentants des Eglises évangéliques. En s’immisçant dans ce débat national, l’Eglise de Banamè fait des appels de pied pour être reçue au vu et au su de tous comme ce fut le cas pour les autres confessions religieuses. Lorsque « Daagbo » martèle en présence des responsables syndicaux qu’elle a soutenu Patrice Talon par le passé et qu’elle continue sur cette lancée, elle veut sans doute annoncer qu’elle bénéficie d’une oreille attentive auprès du chef de l’Etat.
C’est évident que « Daagbo » veut redorer le blason de son Eglise et damer le pion par la même occasion à la Conférence épiscopale du Bénin. Si elle réussit le tour de force de se positionner en médiateur et que par suite de ses interventions, le gouvernement et les confédérations et centrales syndicales en arrivent à fumer le calumet de la paix, elle récolterait les lauriers de ce dégel. N’empêche. L’Eglise de Banamè choisit de s’illustrer sur un terrain où elle n’avait pas voix au chapitre. Si elle veut y demeurer et devenir une alternative crédible, il revient à ses responsables de faire la promotion de la paix dans leurs propos, actes et comportements. L’éducation constante de leurs fidèles aux vertus de la tolérance, de l’amour, du pardon et la paix ne devra souffrir d’aucune négligence. C’est en s’affirmant comme un creuset de paix et de citoyenneté que « Daagbo » et les « Daagbovi » seront perçus et considérés comme des artisans de paix.





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