Editorial : Dieu à profusion !

Angelo DOSSOUMOU 19 septembre 2019

Disons-le sans ambages, Dieu et l’Africain, c’est une affaire au-delà de la raison. Opium du peuple, il l’est tellement sous les tropiques que les temples et les mosquées, mieux que la crue, inondent nos villes et campagnes. Loin d’une blague, au Bénin par exemple, ça ne surprendra personne que les statistiques révèlent que les lieux de cultes dépassent largement les entreprises. Au nom de Dieu, ils poussent partout comme des champignons avec leur lot de désagréments. Très récemment, c’est un magistrat, poussé à bout par les nuisances sonores provenant d’incessantes prières des fidèles qui a fait les frais d’un amour débordant pour Dieu. Dans ces conditions, ça ne doit pas étonner que certains qui ne sont ni prêtes, pasteurs ou encore imams en viennent au radicalisme au point que Dieu devienne pour eux aussi, un business ou un refuge.
Conséquence, toutes les langues le confessent mais ne parlons pas des cœurs. Car, si tel était le cas, l’Afrique des coups d’Etat, des conflits armés, des épidémies, de la xénophobie et du génocide n’aurait jamais existé. Mais hélas ! Malgré la multiplicité des églises et des mosquées, des louanges de toutes sortes qui pleuvent sur Allah et Jésus, nos problèmes sur le continent noir restent entiers. Pourtant, en matière de profession de foi, de nos jours, nous sommes très loin du colonisateur-missionnaire et rivalisons sérieusement avec l’Arabe envahisseur. En somme, dans les villes et campagnes africaines, entre vendeurs d’illusion et prophètes, Dieu se retrouve partout et finalement, on ne sait plus où vraiment trouver l’unique et le vrai.
Pour couper court à un désordre nuisible à la paix et à l’entreprenariat, dans un contexte similaire au nôtre l’année dernière, l’homme fort de Kigali a fermé plus de 700 églises et une centaine de mosquées. Au Bénin, je parie que cette pluralité religieuse et cette pléthore de lieux de culte ne profite nullement ni à l’Etat ni à Dieu mais à des individus qui en ont fait leur affaire. Alors, tant qu’une réglementation n’interviendra pas dans ce secteur rentable à ce qu’il paraît, le risque est grand que certains en imposent à d’autres et vice-versa.
D’ailleurs, le Dieu d’Abraham et d’Isaac n’a rien à voir avec ces tintamarres et cet individualisme qui s’observent dans les coins de rue. Libre à chacun de créer sa mosquée ou son église dans l’optique d’arrondir les angles. Cependant qu’ils n’oublient pas qu’à César ce qui est à César…Cela suppose qu’à défaut de faire comme au Rwanda avec désormais des règles strictes avant l’obtention de l’autorisation de créer une église ou une mosquée, les impôts ont devant eux, une belle opportunité pour faire souffler les caisses de l’Etat. Dieu n’est-il pas généreux, désintéressé et modeste ? C’est une question à poser à tous ces guides spirituels qui se la coulent douce grâce à l’entreprenariat religieux. Maintenant, aux gouvernants, n’en déplaise aux inconditionnels de la foi, de les traiter comme tels. Ce ne serait que justice.
En définitive, quand il nous adressait le plus grand commandement qui est de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force, Dieu ne nous encourageait pas à la prostitution et à la perversion religieuse. De toute façon, un peu de réalisme dans nos dévotions ne nous conduirait pas en enfer. Bien au contraire. Alors, prions que nos mentalités changent et que devant Dieu, nos différences ne soient pas si exposées. Ainsi soit-il.



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