Editorial : Exit le Cfa en 2020

Moïse DOSSOUMOU 20 décembre 2017

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) porte un grand rêve. Un rêve d’émancipation partagé par les peuples des quinze Etats qui forment actuellement ce bloc économique qui se veut prospère. Il faut croire qu’à l’horizon 2020, l’Afrique de l’Ouest disposera enfin de sa propre monnaie. Initialement dénommé « franc des colonies françaises d’Afrique », le Cfa a changé de dénomination et prend aujourd’hui le vocable de « franc de la Communauté financière africaine ». En dépit de cette gymnastique intellectuelle qui veut faire croire qu’il s’agit d’une monnaie typiquement africaine, le Cfa sera toujours perçu comme un instrument d’asservissement de la France sur le continent africain. La conférence des chefs d’Etat de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) a pris la mesure de l’enjeu en prenant une décision majeure qui a été rendue publique à Abuja ces derniers jours en présence des chefs d’Etat de la sous-région.
Porte-parole de ses pairs, Roch Marc Christian Kaboré, le président Burkinabé avait déjà annoncé les couleurs quelques jours plus tôt dans son pays. L’Uemoa se dit résolument engagée à tourner dos au Cfa en optant pour la création d’une monnaie commune. « On le fera de manière progressive de sorte que tous les pays qui pourront répondre aux critères de convergence commencent à battre la monnaie de la Cedeao en attendant que les autres pays puissent se conformer et intégrer le processus de cette monnaie (...) On a maintenu en tout cas la position qu’en 2020, cette monnaie devra donc exister et démarrer ». Visiblement, les dés sont jetés. Voyant déjà la menace venir, Emmanuel Macron, au cours de son récent séjour à Ouagadougou, avait déjà jeté les armes en ces termes : « la France accompagnera la solution portée par les présidents africains ».
Avec cette position affichée de l’Uemoa d’œuvrer à la création d’une monnaie unique dans les années à venir, les autres pays de la Cedeao se mettent résolument au pas. Mais le Nigéria, le géant de l’Afrique de l’Ouest, partant pour l’initiative, émet néanmoins des réserves quant à la précipitation qui semble entourer le projet. Pour lui, pas question de négliger les fondamentaux et plusieurs autres questions pertinentes. Une mise en garde qui vaut son pesant d’or, car il faut que le terrain soit suffisamment balisé afin que les populations de la sous-région ne souffrent pas des affres d’une monnaie créée de toutes pièces, juste pour la forme. Néanmoins, il faut se féliciter de ce processus d’intégration qui prend de l’ampleur. Après la libre circulation des personnes et des biens qui fait cahin-caha son petit bonhomme de chemin, la Cedeao veut accélérer le pas pour asseoir durablement son économie.
Bonne nouvelle pour les activistes de la société civile qui ne jurent que par l’abandon du Cfa par les Etats africains. Arrimés à cette monnaie à taux fixe depuis les indépendances, les pays francophones ont du mal à s’en débarrasser. Alors que les pays qui ont émergé sur les plans politique et économique sur la scène internationale ont pris le soin de garantir leur souveraineté monétaire. La Chine, le Japon, le Brésil, l’Afrique du sud, pour ne citer que ces pays, ont leur propre monnaie. Ils sont tous mieux logés dans le concert des nations que les pays africains ayant en partage le Cfa. Même constat du côté du Nigéria et du Ghana qui ont réussi à faire des bonds économiques appréciables. Heureusement que l’Uemoa a compris l’enjeu en décidant de ne faire prochainement qu’un seul bloc économique avec la Cedeao. En attendant que les pays desservis par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) se décident à tourner dos au Cfa, en Afrique de l’ouest, il faut croire, grâce à l’engagement de nos chefs d’Etat, que les jours de cette monnaie sont comptés sur cette partie du continent.



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