Editorial : L’agro industrie en hibernation

Moïse DOSSOUMOU 26 avril 2018

C’est la saison des mangues. Elles font le plein des étalages. Dans les marchés, aux abords des voies, on ne voit que ça. Il en existe de toutes sortes. A la portée de toutes les bourses, ces fruits sont cédés comme de petits pains. Une bonne nouvelle pour les populations qui raffolent de la saveur sucrée de la pulpe de mangue. Petits et grands, jeunes et vieux, hommes et femmes ne boudent pas leur plaisir pour s’en procurer. C’est la période des affaires juteuses pour les producteurs, les transporteurs, les grossistes et les détaillants qui s’adonnent à ce commerce dans l’intention de tirer de gros profits tant que la saison dure. Tant que les manguiers donneront des fruits, le sourire sera permanent sur leurs visages. Mais ils sont tous conscients que cela ne durera pas une éternité. D’ici quelques semaines, quelques mois tout au plus, toute la frénésie qui se développe actuellement autour des mangues ne sera plus qu’un souvenir.
Pendant que les mangues se font abondantes au point de pourrir sans susciter l’inquiétude des commerçants, la tomate fraîche se fait rare dans les marchés. Comme dans une course de relai, ces deux fruits se sont passés la main, pour se succéder sur les étalages. Alors que les mangues se font généreuses, la tomate se fait désirer. Les ménages qui désirent l’acquérir déboursent gros pour satisfaire leur envie. Les quelques tas de tomate proposés par les commerçants ont du mal à trouver preneurs. Faire les emplettes aujourd’hui pour la cuisine n’est pas aisé pour les ménagères qui ne veulent pas se passer de ce condiment qui donne à la sauce toute sa consistance. La plupart se rabattent sur les produits manufacturés. La tomate dit en boîte au contenu douteux remplace simplement la tomate fraiche. Ce cycle perpétuel fait de périodes de vaches grasses et de vaches maigres n’aurait pas autant d’incidence sur les bourses des ménages si des mesures palliatives étaient prises en amont comme en aval.
La mangue et la tomate pourrissent très vite alors qu’elles sont prisées par les consommateurs qui ne cacheraient pas leur satisfaction d’en disposer le long de l’année. Pour parvenir à cette fin, quoi de plus simple que de faire recours à l’agro-industrie. Transformer ces denrées en jus ou en purée de manière à les conserver le plus longtemps possible sans qu’elles soient altérées par le temps est la solution idéale. Une politique visant à promouvoir l’implantation d’unités industrielles à vocation agro-alimentaire aura des répercussions bénéfiques sur toute la nation. Le trop plein de ces fruits qui pourrit sera récupéré, transformé et conservé. Ainsi, les énormes pertes enregistrées seraient nettement réduites et seront monnayées en espèces sonnantes et trébuchantes. Des entreprises dédiées à cette fin répondront à la satisfaction d’un besoin, mais encore faudrait-il que le processus de leur création soit exigeant.
Boni Yayi avait tenté sous sa présidence de régler ce problème. Mais le procédé et les formats utilisés n’étaient pas pertinents. Des initiatives privées prises de manière éparse font merveille. Mais elles n’impactent les consommateurs qu’à une petite échelle. Le grand nombre désireux de faire partie de leur clientèle bute sur les quantités produites, celles-ci étant sujettes à la taille de l’unité industrielle mais aussi et surtout à la disponibilité de la matière première en quantité suffisante. C’est à ce niveau que les pouvoirs publics sont invités à intervenir en créant les conditions d’épanouissement des entreprises désireuses de s’investir dans ce secteur d’avenir. De la production à la transformation en passant par la commercialisation, toute la chaine doit être suffisamment huilée pour faire le bonheur des consommateurs. L’Etat y trouvera son compte sur le volet social en termes d’emplois directs et indirects créés mais aussi sur le volet fiscal. Il ne reste plus que les décideurs pour passer à l’action.



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