Editorial : L’alternance syndicale

Moïse DOSSOUMOU 18 septembre 2017

La Bourse du travail fait peau neuve. Les anciens ont cédé la place aux plus jeunes. L’alternance est aussi devenue une réalité dans le monde syndical. En l’espace de quelques mois, les figures clés du syndicalisme béninois de ces vingt dernières années ont passé le témoin. A force de les côtoyer, de les voir lutter pour la cause des travailleurs depuis tant d’années, l’opinion s’était habituée à leur présence quasi permanente sur la scène publique. Tous les sujets d’importance étaient systématiquement passés au crible par les figures de proue de la Bourse du travail. La longévité de certains à la tête des faitières des syndicats faisait penser qu’ils occupaient ces postes à vie. Subitement, à tour de rôle, ils ont lâché prise. Comme quoi, il y a un temps pour tout dans la vie, et rien ni personne n’est éternel.
Pascal Todjinou de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb), connu pour son sens de l’humour et son discours tantôt ferme, tantôt modéré, a mis un terme à son aventure syndicale après plusieurs années de lutte. Quelques jours avant sa passation de service, Dieudonné Lokossou de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin), une autre figure de proue du monde syndical, avait déjà cédé sa place à son successeur. Tout récemment, la semaine écoulée précisément, le plus tonitruant et extrémiste sur les bords a aussi rendu le tablier. Paul Esse Iko qui ne passe pas inaperçu de par son traditionnel accoutrement rouge vif a quitté la tête de la Centrale syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb). Quelques années plus tôt, c’est Gaston Azoua, un ardent défenseur des travailleurs et des droits humains, qui a disparu de la scène publique, du jour au lendemain.
Patrice Talon peut, a priori, se frotter les mains. Comme par enchantement, ceux qui ont donné du fil à retordre à ses illustres prédécesseurs, ne sont plus actifs. L’un après l’autre, ils ont rangé les armes. La fougue, la verve, le charisme et la détermination qui furent les leurs ne seront pas forcément contagieux. Même si leurs successeurs ne voudront pas être des figurants, c’est presque évident qu’ils n’ont pas la trempe de leurs aînés. Mais cela ne voudra pas dire qu’ils compteront pour du beurre. Ils sont à même de donner le tournis à n’importe quel régime si la cause des travailleurs qu’ils représentent valablement est en péril. Il faudra compter désormais avec Kassa Mampo de la Cstb, Anselme Amoussou de la Csa-Bénin et Moudassirou Bachabi de la Cgtb. Bien que de la même génération que les anciens, Emmanuel Zounon de l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin, ne pourra pas prendre les devants des prochaines luttes. Par le passé, il n’a pas fait preuve de cette aptitude.
C’est une chance pour Patrice Talon et son équipe d’avoir affaire à de nouveaux visages. Les actuels barons de la Bourse du travail donnent l’impression d’être moins grincheux que leurs prédécesseurs. Si le gouvernement joue bien la carte de la responsabilité, le climat social restera longtemps apaisé. Mais si par contre, il s’amuse avec les nerfs des responsables syndicaux, la réplique ne se fera pas attendre. L’opinion a encore en mémoire les longues semaines de grèves auxquelles ont fait face à plusieurs reprises Mathieu Kérékou et Boni Yayi. Ces derniers avaient réussi à irriter plus que de raison les représentants des travailleurs. Avec l’alternance qui a dicté sa loi à la Bourse du travail, Patrice Talon peut éviter d’être pris à partie par les syndicats. Faudrait encore que son équipe fasse preuve de bonne foi et de diplomatie. Seul comptable de son bilan, le chef de l’Etat sait à quoi s’en tenir.



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