Editorial : L’appel des évêques

Moïse DOSSOUMOU 29 janvier 2018

Ils n’ont pas leurs langues dans leurs poches. Fidèles à leur ministère, les évêques du Bénin sont attachés à la vérité. Toutes les fois que l’actualité religieuse, sociale, politique ou économique le recommande, ils ne manquent pas de se prononcer, sans fard ni déguisement. La semaine écoulée encore, ils ont investi le débat public. A la faveur de sa session plénière ordinaire qui s’est déroulée du 24 au 26 janvier derniers à son siège à Cotonou, la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb), préoccupée par la persistance de la morosité économique et la montée de la tension sociale, a tenu à faire quelques exhortations à l’endroit de tous les animateurs de la vie publique. Redoutant que le durcissement des positions des uns et des autres face aux sujets majeurs conduise le pays dans une crise aux conséquences imprévisibles, les évêques recommandent que « les débats de société soient menés avec sérénité dans une ambiance dépassionnée ».
Parvenus à la conclusion que la fréquence du recours à la grève est due à la perte de la crédibilité des gouvernants, les prélats exigent des autorités qu’elles « renouent un dialogue vrai et sincère conformément à la parole donnée avec les partenaires sociaux pour la mise en œuvre concertée des réformes ». Sans détour, les évêques n’ont pas eu froid aux yeux pour mettre le gouvernement au banc des accusés. Une certaine opinion a tendance à considérer les travailleurs comme des paresseux, des apatrides qui ne s’épanouissent que dans les grèves. Alors qu’il suffit que le gouvernement, débarrassé de toute velléité de ruse et de rage, décide de jouer franc jeu avec les agents de l’Etat, pour que ceux-ci se consacrent à leurs devoirs avec un esprit de sacrifice.
L’autre polémique qui fait rage actuellement est liée aux récentes décisions de la Cour constitutionnelle qui est la clé de voûte du système institutionnel béninois. Pris à partie pour n’avoir pas comblé certaines attentes liberticides, Théodore Holo et ses pairs font l’objet de tirs nourris et croisés. C’est aussi ça le jeu démocratique, car même si les décisions de la Cour ne sont susceptibles d’aucun recours, elles peuvent néanmoins faire l’objet de commentaires. Le débat est d’autant plus curieux qu’il est reproché à la haute juridiction de protéger et de renforcer les libertés publiques. Dans un Etat de droit en construction comme le nôtre, cela sort de l’entendement. Si la Cour constitutionnelle est restée sur le droit chemin en 2006, et s’est permis la fantaisie d’errer en 2011, il est tout à fait normal qu’elle revienne sur ses pas en 2018. C’est une question de logique et de bon sens, car « il n’est jamais trop tard pour bien faire ».
La Conférence épiscopale du Bénin demande « que tous les acteurs de la vie politique nationale réintègrent les principes du jeu démocratique et fassent du respect scrupuleux des décisions de la Cour constitutionnelle la base de leur action politique et citoyenne ». Une invite au gouvernement et à l’Assemblée nationale qui ont tendance à fouler aux pieds les délibérations des sept sages lorsque leurs conclusions ne vont pas dans le sens souhaité. D’un travers à un autre, les prélats dénoncent avec véhémence le pouvoir de l’argent sur la vie politique nationale et appellent à un réarmement moral. Les dés sont jetés. Chacun citoyen est invité à se mirer devant le miroir de sa conscience. Ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir encore plus. La Conférence épiscopale du Bénin n’a pas voulu être complice de l’érosion des valeurs. Elle a montré la voie du salut, de la réconciliation et de la paix. Comme l’a su bien dire le Professeur Ibrahim Salami dans un de ses récents articles, « tel est le chemin ».



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