Editorial : L’exemple : la meilleure école

Moïse DOSSOUMOU 28 mai 2018

Depuis sa dernière apparition publique effectuée en février dernier à Parakou, Boni Yayi ne cesse de multiplier les sorties politiques. Ce samedi, il a jeté son dévolu sur la commune d’Abomey-Calavi. Entouré des ténors des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) dont il est le président d’honneur, l’ex chef d’Etat s’investit de plus belle en politique. Loin de lui l’idée de se consacrer à une autre activité pour le moment. Ses faits, gestes et déclarations tendent à confirmer qu’il est dans la dynamique de demeurer parmi les figures de proue de la vie politique nationale pour les prochaines années. A Abomey-Calavi ce samedi, devant la foule des militants et sympathisants des Fcbe, Boni Yayi a officiellement lancé l’école de formation du parti. Eugène Azatassou en a pris les rênes conformément aux conclusions du congrès constitutif de Parakou.
Cette école fraîchement lancée se veut être une pépinière comme toutes les autres qui l’ont précédée. Sa « mission fondamentale est de faire du militant Cauris un citoyen accompli, s’intégrant parfaitement dans les orientations et méthodes du parti » tout en œuvrant pour son développement. C’est un beau projet dont la concrétisation demande d’énormes sacrifices et un sens élevé de citoyenneté et de responsabilité. Avant les Fcbe, d’autres partis, mouvements et alliances de partis se sont essayés à la chose. Le bilan n’est guère reluisant. Les jeunes appelés à prendre la relève ont une vision étriquée, égoïste et jouissive de la chose publique. Jusqu’à preuve du contraire, ni l’Union fait la nation, ni la Nouvelle conscience n’ont encore réussi sur ce plan. Il est vrai que les militants d’une formation politique ont besoin d’être suffisamment formés avant de recevoir mandat pour la gestion des charges publiques. Il faut avouer qu’au Bénin, la formation, si elle se fait comme annoncé, ne suffit pas à formater des citoyens de type nouveau.
En politique, la formation des militants est fondamentale. C’est sur la base des notions qui leur auront été inculquées que les futurs élus ou personnalités nommées à divers postes de responsabilité apprennent à faire passer l’intérêt général avant leurs propres intérêts. Sans la formation, nous aurons droit, comme c’est le cas actuellement, à de parfaits aventuriers qui pullulent sur la scène publique avec un seul objectif : s’en mettre plein les poches. La politique doit être perçue comme un service, mieux un sacerdoce vis-à-vis de la communauté à laquelle on appartient. On y entre pour servir, pour apporter ses idées, son énergie et son savoir-faire pour améliorer les choses. Le contraire n’est que ruine de l’esprit. Or, il se fait que les cadres et leaders de nos formations politiques sont pour la plupart des contre-modèles. Car, ils sont souvent indexés dans les innombrables scandales qui figurent dans le passif de chaque régime.
Former les militants, c’est bien. Mais donner l’exemple, c’est encore mieux. Des ministres, des députés, des maires, des directeurs généraux de société connus pour leur militantisme politique ne sont pas à proprement parler des modèles pour les jeunes qui aspirent à une carrière politique. Le drame est que ces jeunes vont à la politique, non pas pour servir, mais pour faire exactement comme leurs aînés. Ces derniers, pour sauver les meubles, notamment ceux qui sont en vue, sont condamnés à la vertu. Tant que l’exemple ne viendra pas d’en haut, les mille et une écoles de formation politique ne serviront à rien. Il est possible d’occuper une fonction, qu’elle soit élective ou nominative, sans être auteur ou complice de malversations. C’est à cet idéal que doivent tendre les animateurs de la vie publique. Cela peut-être paradoxal. Mais en politique, la meilleure école, c’est l’exemple.



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