Editorial : La croisade de tous les instants

Moïse DOSSOUMOU 27 mars 2018

L’affaire continue de faire des vagues. Elle suscite indignation, frustration et révolte. Comme si l’opinion vient d’être tirée d’un long sommeil, elle se demande comment cela a pu se passer, au vu et au su de tous, sans que les auteurs de ces actes ignobles ne se sentent inquiétés. Ces pratiques qui font jaser ces jours-ci, ce sont bien évidemment les crimes crapuleux que l’on peut assimiler aisément, au vu des faits et de la finalité recherchée, à des crimes rituels. Selon une idée largement répandue au sein de la couche juvénile en perte de repères et de modèles, pour se faire une place au soleil, il faut d’abord attenter à la vie de ses semblables. A ce jeu immoral, tous les coups sont permis. Désireux coûte que coûte de s’afficher aux yeux de la société comme des personnes vivant dans l’opulence, des hommes et des femmes, des jeunes pour la plupart, n’hésitent pas à faire feu de tout bois pour avoir du sang sur leurs mains.
« Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ». C’est la devise de ces personnes sans foi ni loi qui ne reculent devant rien au nom de l’argent. A travers ce fait de société, ce qui choque et interpelle, c’est l’âge des mis en cause. Des adolescents et des jeunes pour la plupart, refusant de bâtir leur existence sur du solide, pactisent avec le diable, tout juste pour paraître. Rien que ça. Sans maîtriser eux-mêmes les tenants et aboutissants de leurs pratiques, ils s’enfoncent dans la compromission jusqu’au bout. Si au moins, ils atteignaient leurs objectifs sordides sans porter préjudice à la société, ils auraient seulement des comptes à rendre au tribunal de leurs consciences. Mais, dans le cas d’espèce, ce sont des familles entières qui sont plongées dans le deuil et le désarroi du fait des disparitions d’enfants et des sacrifices humains. Embarqués dans des rites occultes qui les dépassent, ils sont obligés, pour se tirer d’affaire, de faire couler du sang humain.
Comment peut-on expliquer le fait qu’un conjoint puisse égorger sa compagne, mère de ses enfants, tout juste pour offrir son sang en sacrifice à un fétiche ? Comment des adolescents peuvent pousser la témérité jusqu’à kidnapper des enfants afin de les vider de leur sang ? Des pères et mères de famille ont ainsi perdu précocement leurs enfants disparus sur le chemin de l’école ou dans le quartier des suites d’un rapt. Indifférents aux peines suscitées par leurs agissements, ces jeunes ne jurent que par l’argent. Du jour au lendemain, des personnes démunies, vivant dans la précarité, ont commencé par rouler carrosse. Et cela n’a inquiété personne. Dans les bars, restaurants, maquis et boîtes de nuit, ils affolent les serveurs et les promoteurs de ces endroits qui leur dressent le tapis rouge sans se poser la moindre question sur la provenance de cette richesse suspecte. Pendant des années, la société et les pouvoirs publics ont laissé faire.
Fort heureusement, le réveil est intervenu. Il fut brutal, mais salutaire. Le parquet de Cotonou s’est montré ferme. Avec l’implication de la police républicaine, des arrestations tous azimuts ont commencé. Pourvu que ces affaires soient conduites avec rigueur et professionnalisme jusqu’à leur terme afin que les coupables reconnus comme tels au terme d’un procès équitable soient punis. Ce combat, c’est celui de la société toute entière. Dans les Saintes Ecritures, il est mentionné : « Tu mangeras à la sueur de ton front ». C’est une vérité universelle. Désormais, chaque citoyen se fera le devoir d’alerter les forces de sécurité publique sur des cas suspects dans son entourage. Décourager à tout prix ces promoteurs du crime et du deuil est la mission de tous les Béninois et Béninoises. La justice a donné le ton. A elle de demeurer inflexible le plus longtemps possible. Au nom de la facilité et de la cupidité, on ne peut réinventer le monde.



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