Editorial : Le Centre lâché par Abiola

Moïse DOSSOUMOU 4 avril 2018

Il a enfin ôté le masque. François Abiola vient de se jeter dans les bras de Patrice Talon. Tout comme Nassirou Arifari Bako, Barthélémy Kassa et bien d’autres qui ont tourné dos aux Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), l’ex vice-premier ministre ne s’est pas embarrassé de scrupule pour faire les yeux doux au chef de l’Etat. Tout a commencé au lendemain de la présidentielle de 2016 avec la position dite centriste adoptée par le parti Mouvement espoir du Bénin (MeSB) sur l’échiquier politique. Ne voulant se ranger ni du côté de l’opposition, ni du côté de la mouvance présidentielle, François Abiola a pris fait et cause pour le Centre. Un concept que beaucoup ont assimilé à du leurre. A priori, les récents développements de l’actualité leur donnent raison. Aux dernières nouvelles, François Abiola a adhéré à la coalition « Bénin en route » qui ne jure que par Patrice Talon.
En formalisant son appartenance à un tel creuset, l’ex collaborateur de Boni Yayi renonce lui-même au Centre qu’il s’évertuait à promouvoir en politique. A tous les coups, François Abiola a usé de tact sur le chemin qui l’a conduit dans l’écurie de Patrice Talon. Dès le départ, il connaissait sa destination. Ne voulant pas procéder comme certains de ses camarades qui ont très vite tourné dos à Boni Yayi, l’ex vice premier ministre n’a pas voulu brûler les étapes. Au prime abord, il s’est attelé à réorganiser son parti qui avait perdu de sa superbe. Ensuite, il a pris le soin de démissionner des Fcbe. Enfin, prenant l’opinion au dépourvu à un moment donné, il s’est positionné au Centre dont il se disait le promoteur dans l’espace politique béninois. De fil en aiguille, d’intervention en intervention, François Abiola s’est subrepticement rapproché du gouvernement dont il assurait la défense la plupart du temps. Finalement, ce qui devait arriver arriva.
Désormais et jusqu’à nouvel ordre, Abiola embouche lui aussi la trompette du régime de la rupture. En adhérant à une coalition qui soutient de manière indéfectible les actions du gouvernement, l’ex collaborateur de Boni Yayi a fait l’option de mettre une croix sur le concept du Centre et s’affiche à présent comme un membre à part entière de la mouvance présidentielle. On le verra de plus en plus au front en train d’encenser Patrice Talon ou de répliquer à ses pourfendeurs. Après avoir collaboré 7 années durant avec Boni Yayi en qualité de membre du gouvernement, il se met aujourd’hui dans la peau d’un griot au service de Patrice Talon, qui visiblement ne lui a rien demandé. Au départ, il y a quelques mois, il ne voulait être ni opposant, ni chantre du pouvoir. Aujourd’hui, il a fait une option qu’il devra assumer. Seulement, avait-il besoin d’en arriver là ?
L’opinion a le vilain sentiment d’avoir été menée en bateau par François Abiola. Seules les personnes averties qui ne s’étaient pas laissées émouvoir par le fameux Centre pourront dire qu’elles avaient raison de ne pas avoir accordé du crédit aux propos tenus en son temps par le leader du parti MeSB. En son temps, François Abiola disait à qui voulait l’entendre que le Centre n’est pas un point physique, mais plutôt un ensemble de valeurs morales. « Le Centre, ce sont des valeurs que l’on incarne… Notre ambition, c’est de chercher à concilier, à mettre ensemble les points de vue qui apparemment sont inconciliables. C’est ça un parti de tolérance, un parti de solidarité, un parti qui accepte l’autre ». Le courant centriste dont il se réclame est celui du rassemblement des grands hommes qui font des observations et des propositions objectives dans le but d’accompagner les œuvres de développement du pays. Aujourd’hui, tout ça n’a plus aucun sens pour François Abiola.



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