Editorial : Le dialogue pour le dégel social

Moïse DOSSOUMOU 30 janvier 2018

Patrice Talon fait l’éprouvante expérience d’une crise sociale. Il était à deux doigts de faire face à une grève générale. Fort heureusement pour ses collaborateurs et lui, le calme est revenu en partie. Car des syndicats refusent toujours de lâcher prise. Dans leurs rangs, monte une sourde colère. Les magistrats et les enseignants notamment ne veulent pas démordre. Remontés contre le gouvernement, ils exigent que satisfaction soit donnée à leurs revendications. La rencontre de tous les espoirs censée se tenir au palais de la République sous la présidence du chef de l’Etat n’a pu hélas se tenir. Depuis plusieurs semaines, les justiciables et les apprenants de toutes les contrées du pays paient le prix de la révolte des animateurs clés de ces secteurs. Comme c’est le cas depuis plusieurs années, les pouvoirs publics attendent que la situation pourrisse avant de tenter de colmater les brèches.
Tout est parti de la tentative de suppression du droit de grève par l’Assemblée nationale aux agents de santé et aux magistrats. Il est vrai qu’avant cette parenthèse malheureuse, les agents de l’Etat commençaient à perdre patience du fait du non respect des promesses à eux faitse par les représentants du gouvernement. A quelques jours de l’échéance prévue à cet effet, les députés sont maladroitement entrés en scène. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les mots d’ordre de grève lancés tous azimuts ont trouvé un écho favorable auprès de certaines couches socioprofessionnelles. Même si d’autres ont refusé de suivre le mouvement, la mayonnaise a quand même pris. Les interventions salvatrices de la Cour constitutionnelle qui a veillé au respect scrupuleux de l’article 31 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 ont eu l’effet d’une douche froide pour une certaine opinion qui n’a que faire de la sauvegarde des libertés publiques.
Les travailleurs qui venaient ainsi de remporter une bataille historique n’ont pas pour autant baissé les armes. Les magistrats, jaloux de leurs attributions, sont toujours sur le pied de guerre, parce qu’ils combattent le fait que des membres du gouvernement et des députés soient membres du Conseil supérieur de la magistrature. De leur côté, les enseignants ont une multitude de revendications liées à la gestion de leur carrière ainsi qu’à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Plus le temps passe, plus la liste des doléances s’allonge. On a comme l’impression que les choses ont du mal à bouger dans ce secteur. Or, à chaque remaniement ministériel, les ministres en charge de l’éducation égrènent eux aussi, à tour de rôle, leur chapelet de bonnes intentions. Au finish, les problèmes demeurent et se compliquent. Mieux, le Conseil national de l’éducation censé apporter un nouveau souffle à l’Ecole béninoise n’a pas encore comblé les attentes.
Maintenant, il est temps d’apaiser les esprits afin que cette crise aux conséquences imprévisibles n’aille pas plus loin que le niveau qu’elle a atteint. Cela est du ressort du gouvernement qui doit s’attaquer de front à ce problème social qui n’a que trop duré. En la matière, il n’y a pas de solution miracle. Seul le dialogue, mais un dialogue vrai et sincère peut inciter les partenaires sociaux à lâcher du lest. Le chef de l’Etat, qui a un bilan à présenter dans trois ans, ne peut plus se permettre de perpétuer certaines habitudes préjudiciables au bon fonctionnement du service public. C’est à lui d’instruire ses collaborateurs qui, par ignorance, versent dans un zèle intempestif, d’adopter des comportements responsables. C’est en entretenant un dialogue permanent, sincère et constructif avec les syndicats que le gouvernement gagnera leur confiance. A partir de ce moment-là, les travailleurs seront disposés à jouer leur partition pour l’aboutissement des réformes pertinentes. Pourvu que la rencontre prévue ce jour conjugue cette crise sociale au passé.



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