Editorial : Le parent pauvre du parlement

Moïse DOSSOUMOU 16 janvier 2018

Pour le compte de l’année 2017, l’Assemblée nationale a fait son bilan. Le jeudi 11 janvier dernier, Eric Houndété, 1er vice-président de cette institution s’est personnellement chargé de cet exercice. Avec toute la solennité requise, le porte-parole des députés a fait un point exhaustif des actions menées par la représentation nationale au cours de l’année écoulée. Ainsi, des autorisations de ratifications d’accords de crédits pour un montant de près de 530 milliards ont été validées par les élus du peuple. Sur le plan législatif, 44 textes de lois ont vu le jour. D’initiative parlementaire, la plupart des lois votées touchent les secteurs essentiels de la vie de la nation tels que la santé, l’environnement, l’emploi, le travail et la fonction publique, la sécurité, l’économie, le numérique…
S’il est relativement positif du point de vue législatif, ce bilan est plutôt terne lorsqu’on considère le volet relatif au contrôle de l’action gouvernementale. Tenez ! Sur 16 questions d’actualité posées au gouvernement, seulement 9 ont été examinées. Sur 60 questions orales avec débat posées au gouvernement, 18 seulement ont connu une suite. Le comble, sur 14 questions écrites adressées au gouvernement, aucune réponse n’a été obtenue. Le constat est plutôt effarant. Comment l’Assemblée nationale, maîtresse de son ordre du jour a pu laisser se réaliser une telle contreperformance ? Qu’est-ce qui a si tant occupé les députés pour qu’ils manquent délibérément de s’acquitter de leur devoir ? Avec ces chiffres, on comprend aisément que la 7ème législature n’a pas fait du contrôle de l’action du gouvernement une préoccupation fondamentale.
Comme pour corroborer cette assertion, deux commissions parlementaires d’enquête ont été mises sur pied l’année écoulée. La première est relative au projet de construction de la centrale électrique de Maria-Gléta dans la commune d’Abomey-Calavi et la seconde a trait à la gestion du Fonds d’aide à la culture. A ce jour, les rapports devant sanctionner les travaux de ces deux commissions ne sont toujours pas disponibles. Face à ce résultat qui laisse à désirer, Eric Houndété souhaite que l’année 2018 soit celle des défis ultimes et que les 18 prochains mois qui restent à la 7ème législature soient productifs et fructueux à tous égards. Interpellée par son incapacité à s’occuper convenablement du second pan de sa mission, l’Assemblée nationale ne peut plus se dérober au risque de prouver à une certaine opinion qu’elle est effectivement une caisse de résonance de l’Exécutif.
Le parlement n’est pas seulement une machine apte à produire des lois et à adopter des autorisations de ratifications d’accords de crédits. Il est d’abord et surtout une institution de contre-pouvoir. Et ça, Adrien Houngbédji ne le sait que trop. Il avait d’ailleurs fait la promesse, il y a quelques mois, que toute la journée des jeudis servirait à épuiser le stock des questions d’actualité, des questions orales avec débat et des questions écrites. Cette promesse n’a été respectée que pendant quelques semaines. Depuis, presque rien n’a bougé de ce côté-là. Puisqu’il n’est jamais tard pour bien faire, Adrien Houngbédji a l’obligation de conduire ses pairs au cours des 18 prochains mois à être très regardants sur les actes posés par le gouvernement. Sans quoi, il s’offrira la triste réputation d’être taillable et corvéable à merci.



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