Editorial : Le parent pauvre du parlement

Isac A. YAÏ 10 avril 2018

Le top est donné. Les députés reprennent du service. Finie la période des vacances parlementaires. Place au travail. En procédant hier à l’ouverture des travaux de la première session ordinaire de l’année 2018, Adrien Houngbédji a planté le décor comme il sait si bien le faire. En présence d’une pléiade d’invités aussi importants et prestigieux les uns que les autres, le président de l’Assemblée nationale a convié ses pairs à l’accomplissement de leurs devoirs vis-à-vis de la République en toute conscience. Invités d’honneur, Drama Dramani, Ousséini Tini et Alassane Bala Sakandé, respectivement présidents des Assemblées nationales du Togo, du Niger et du Burkina-Faso, ont été les témoins privilégiés de l’engagement des députés de la 7ème législature à se consacrer à leurs missions avec l’exemplarité requise. C’est donc ensemble qu’ils ont pris l’engagement d’éviter que « les injures ne fusent, que les coups de poings ne pleuvent ou que les chaises ne voltigent ».
La période au cours de laquelle s’ouvre cette session et la sensibilité des points inscrits à l’ordre du jour font craindre le pire à la deuxième personnalité qui s’est assurée que les élus du peuple sauront se contenir. L’invitation à la retenue, à la modération et à la sagesse ayant été faite en des termes appropriés, il ne reste plus qu’au bureau de l’Assemblée nationale de marquer la cadence. La réforme du système partisan, le code électoral, la représentation des femmes au parlement, le code pénal sont quelques-uns des dossiers brûlants sur lesquels les élus du peuple seront incessamment appelés à se prononcer. Il est plus qu’évident que les passions vont se déchaîner lorsque viendra le moment d’étudier ces points majeurs. Ne parlant pas d’une même voix, divisés même à l’intérieur des blocs supposés homogènes, nos députés réservent des surprises à l’opinion. Ils ne manqueront pas de s’illustrer sur ce terrain.
Si Adrien Houngbédji a été particulièrement prolifique pour ce qui est du vote des lois en attente, il a été presque silencieux sur le volet « contrôle de l’action du gouvernement ». Quelques lignes seulement de son discours ont été consacrées à cet axe très important du rôle dévolu à l’Assemblée nationale. Ce qu’on peut retenir, c’est que dès le jeudi 12 avril prochain, certains membres du gouvernement seront appelés à la barre de la représentation nationale. Cette fois-ci, vivement que la promesse du président du parlement, qui consiste à ce que tous les jeudis soient consacrés à ce genre d’exercice, soit tenue. Par le passé, avec enthousiasme, le même engagement a été pris dans des conditions identiques. L’opinion est d’avis qu’il n’a pas été respecté. D’autres considérations propres au calendrier des animateurs de la vie politique ont renvoyé cet aspect important de l’activité parlementaire aux calendes grecques.
Aux termes de l’article 113 de la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, « le gouvernement est tenu de fournir à l’Assemblée nationale toutes explications qui lui seront demandées sur sa gestion et sur ses activités ». Au moyen de l’interpellation, de la question écrite, de la question orale avec ou sans débat, ou encore de la commission parlementaire d’enquête, l’Assemblée nationale peut et doit demander des comptes au gouvernement. Cela fait partie intégrante de sa mission. Hélas, la 7ème législature donne beaucoup plus l’impression de n’être préoccupée que par le vote des lois. En dépit des bords politiques des élus du peuple, ils sont astreints à exiger de l’Exécutif l’amélioration de la qualité de la gouvernance. Cela passe naturellement par la mise en œuvre des moyens de contrôle dont le parlement peut se prévaloir. Occulter ou minimiser ce pouvoir, c’est faire le lit de la mauvaise gouvernance. La 7ème législature est interpellée.



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