Editorial : Le temps, l’ennemi du PAG

Moïse DOSSOUMOU 18 janvier 2017

Lancé en grandes pompes le vendredi 16 décembre dernier, le Programme d’actions du gouvernement (Pag) comptant pour la période 2016-2021 est encore à l’étape de dissémination. Après le show du palais de la Marina assuré de main de maître par le chef de l’Etat en personne, il fallait passer à l’étape suivante, c’est-à-dire faire connaître en détail ce document aux personnes chargées de sa mise en œuvre. 45 projets phares, 95 projets sectoriels, 19 réformes institutionnelles, avec à la clé la création de 500 000 emplois. Ainsi se résume ce programme dont l’exécution est annoncée pour le quinquennat en cours. Patrice Talon qui s’affiche comme un homme de défis a martelé plus d’une fois que ce rêve sera réalité avant qu’il ne passe le témoin à son successeur en avril 2021. Pour un document aussi fourni, chaque minute devient précieuse pour le gouvernement.
Mais avant de passer à l’étape de l’opérationnalisation, il va de soi que ce programme soit maîtrisé du bout des doigts par les cadres et éminences grises logés dans les sérails de l’administration, cheville ouvrière du gouvernement. C’est dans cette dynamique que chaque ministre s’évertue depuis peu à abreuver ses collaborateurs à la source du « Bénin révélé ». Le processus de dissémination suit donc son cours dans les départements ministériels. A ce niveau, le cahier de charges des ministres est précis : susciter l’adhésion des agents publics placés sous leurs ordres aux trois piliers qui fondent la vision du gouvernement à savoir la consolidation de la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance ; l’engagement de la transformation structurelle de l’économie béninoise et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Quel est le délai fixé pour l’achèvement du processus de dissémination qui bat son plein dans les différents ministères ? Ne faut-il pas faire en sorte que cela n’excède pas le mois de janvier ? Dans cet ordre d’idées, dès le mois prochain, soit dix mois après son accession à la magistrature suprême, Patrice Talon devrait pouvoir lancer la machine à fond. C’est bien beau que le gouvernement aille à son rythme pour disséminer son Programme d’action, mais ce serait encore mieux s’il lançait assez vite la phase de l’opérationnalisation. Patrice Talon a été ferme et l’a répété à maintes reprises. Il ne fera qu’un seul mandat à la tête de l’Etat. A cet effet, il nourrit un rêve ardent, celui d’être porté en triomphe par ses compatriotes lorsque viendra pour lui le moment de s’éclipser de la scène publique. Il a donc tout intérêt à mettre le pied sur l’accélérateur tout en prenant le soin d’éviter de confondre vitesse et précipitation.
5 ans ça passe vite, très vite. Le chef de l’Etat en est sans doute conscient. En sa qualité de chef d’orchestre, il pèse sur ses épaules la lourde responsabilité de faire jouer à chaque membre de son équipe sa partition, pour que s’élève la symphonie nouvelle « laquelle triomphera des vacarmes et des discordances du passé ». Si Patrice Talon n’y prend garde, il aura du mal à mobiliser les près de 10 000 milliards indispensables à la concrétisation des investissements annoncés. Un mois après le lancement tambour battant de son programme d’action, le gouvernement est encore à la phase de dissémination. Parer au plus pressé et mettre les bouchées doubles pour que le renouveau annoncé et promis advienne, c’est ce que Patrice Talon a de mieux à faire. Malgré sa bonne volonté apparente, il est limité par le temps. Qu’il en fasse un bon usage pour qu’au moment de la reddition de comptes, des prétextes ne soient servis pour justifier une éventuelle contreperformance redoutée par bon nombre de Béninois.





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