Editorial : Les flammes du désespoir

Moïse DOSSOUMOU 17 avril 2018

Inconsolables, elles ont débuté cette semaine avec des larmes. Brûlantes et amères, elles coulent avec toute l’énergie du désespoir. Victimes de l’incendie qui s’est déclaré à l’aube de cette journée du lundi, les femmes du marché international de Dantokpa font face à un malheur. Voir partir en fumée, en l’espace de quelques heures seulement, toute une vie de labeur, est une épreuve à laquelle personne ne souhaite faire face. Et pourtant, elles sont là, ces braves femmes, le cœur réduit en miettes, le ventre en feu, en proie à de sombres pensées. Qui viendra à leur secours ? Elles n’auront que leurs familles et leurs proches pour les consoler. Les plus chanceuses trouveront sur leur chemin quelques mains secourables. Le plus dur sera de rembourser les prêts consentis et de retrouver son équilibre. Cet exploit n’est pas donné à tout le monde.
Au-delà des ravages causés par les flammes dont l’origine reste à être déterminée, ce qui attriste les populations, ce sont les tonnes de vivres entièrement consumées. En effet, l’espace attaqué par le feu est réservé au commerce de céréales de toutes sortes. Estimée à 4000m2, cette superficie atteinte par l’incendie ne contenait que de la nourriture. Lorsqu’on sait que les céréales, notamment le maïs et le riz, sont les aliments les plus consommés par les ménages Béninois, on peut craindre un renchérissement des prix de ces produits de première nécessité dans les prochaines semaines. Déjà que avant la survenue de ce drame, assurer les trois repas quotidiens était un challenge que nombre de foyers avaient du mal à relever. Lorsque les céréales coûteront plus cher, les Béninois les plus pauvres, qui n’ont que ça comme aliments de subsistance, seront ceux qui ressentiront le plus dans leur peau cette situation économique désastreuse.
En cette période de difficulté économique où joindre les deux bouts reste un sport âpre, l’Exécutif se doit de se pencher avec humanité sur le sort de ces femmes. Nul doute que ce sinistre servira de rampe de lancement au marché de gros prévu pour être installé à Akassato dans la commune d’Abomey-Calavi. C’est l’une des solutions gouvernementales pour délocaliser ce marché. Au pas de charge, comme ils savent si bien le faire, Patrice Talon et ses collaborateurs feront ce qui est en leur pouvoir pour exécuter leurs projets. Déplacer un marché de cette renommée est une chose difficile mais pas impossible. Mais lui assurer la fréquentation habituelle sur un autre site relève du rêve. C’est une donnée sociologique qui vaut son pesant d’or. Le plus simple aurait été de le reconstruire selon des standards modernes. Mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. En octobre 2015, lorsqu’une partie de ce marché avait pris feu, Boni Yayi, en son temps, a fait l’option de moderniser, en un temps record, l’emplacement sinistré. Aujourd’hui, Patrice Talon ne jure que par la délocalisation.



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