Editorial : Noces de coton à la Criet

Isac A. YAÏ 2 septembre 2019

Rien qu’à y penser, elle donne des sueurs froides. Un an déjà qu’elle a été créée. Depuis lors, elle a évolué sur des chapeaux de roue. Juridiction d’exception, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) est le symbole le plus illustratif de la volonté du régime de la Rupture de mener une lutte de front contre la corruption et l’enrichissement illicite. Du 27 août 2018 à ce jour, elle suscite crainte et interrogation. Le collège de magistrats chargé de l’animer au quotidien ne laisse pas l’opinion publique indifférente à ses faits et gestes. Tout ou presque est passé au crible des commentaires, allant de l’artisan du coin de la rue aux majestueux bureaux des secteurs public et privé. C’est l’un des rares instruments judiciaires qui ait réussi à capter sans discontinuer l’attention des Béninois. Et ça ne risque pas de changer de si tôt.
Créée suite à la modification de la loi portant organisation judiciaire en République du Bénin, la Criet connaît spécifiquement des dossiers de crimes économiques, de trafic de drogue, de blanchiment de capitaux, de terrorisme… Tous ces délits étaient du ressort des juridictions de droit commun. Pour une question d’opportunité, le gouvernement a estimé qu’il lui fallait un instrument spécial plus ou moins détaché des différents ordres de juridiction. La Cour constitutionnelle ayant entériné sa création, le débat de l’exigence légale ne devrait plus se poser. Il est du ressort du personnel chargé d’animer l’institution, notamment les magistrats, d’œuvrer pour sa crédibilité. C’est sur la durée, en passant en revue un certain nombre de décisions, que cela peut s’apprécier. Des sentences prises au pifomètre ne peuvent pas permettre d’opiner objectivement à propos. Mais déjà, la Criet aura permis au Bénin de faire des progrès significatifs sur le plan de la lutte contre le trafic des stupéfiants.
D’un autre côté, il a fallu cette juridiction pour que le procès Icc services et consorts soit vidé. Médiatisé parce que touchant des milliers de Béninois, le jugement de cette affaire fait partie des points positifs à l’actif de la Criet qui aura réussi à boucler ce dossier en quelques semaines, alors qu’il traînait depuis des années dans les tiroirs du tribunal de première instance de Cotonou. D’autres affaires et pas des moindres qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive ont également transité par la Criet. Leur délicatesse n’a pas empêché Cyriaque Dossa et ses pairs de s’y pencher avec les verdicts que l’on connaît. En la matière, il faut souligner que le magistrat applique les textes votés par le législateur. Selon les circonstances de la commission des infractions, le magistrat apprécie et applique la loi en prenant soin de rester dans la fourchette légale pour ce qui est des peines à prononcer.
D’essence divine, rendue au nom du peuple béninois, la justice a de tous les temps suscité un grand intérêt auprès des populations. De plus en plus, la lutte contre l’impunité et l’enrichissement illicite sous toutes ses formes ont toujours préoccupé les citoyens qui veulent s’épanouir dans une société apaisée. Le gouvernement a cru devoir y contribuer en œuvrant à la création de la Criet. Toute œuvre humaine étant perfectible, il est fondamental que les critiques à l’encontre de l’institution soient considérées à leur juste mesure. Très souvent, de la contradiction, jaillit la lumière. L’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab), les organisations de la société civile et tout récemment l’Union européenne ont formulé des réserves quant à la pertinence de la Criet. Dans aucune société, l’unanimité n’a jamais été de mise sur une question aussi précieuse que la justice. Mieux que n’importe quel secteur, la justice fondamentalement a l’obligation d’impartialité pour être crédible. C’est un combat de tous les instants.





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