Editorial : Passe d’armes entre Ahossi et Houdé

Moïse DOSSOUMOU 5 février 2018

Le torchon brûle entre Léon Basile Ahossi et Valentin Aditi Houdé. Les récents événements qui ont mis aux prises ces amis de vieille date peuvent faire croire qu’ils ne sont plus en de bons termes. Si dans l’espace privé, ils continuent de nourrir mutuellement des sentiments bienveillants, sur la place publique et le terrain politique précisément, c’est plutôt tout le contraire. Tous deux députés à l’Assemblée nationale, ils sont au cœur d’une vive polémique. Membre de la minorité parlementaire, Léon Basile Ahossi accuse le président de l’Assemblée nationale et par conséquent la questure de mauvaise gestion. Le député a même enfoncé le clou en déclarant avec la sérénité qu’on lui connaît que les comptes du parlement sont au rouge. Venant d’un élu du peuple, ces propos méritaient d’être considérés avec tout le sérieux possible d’autant plus que l’auteur n’a pas l’habitude de se comporter comme un plaisantin ou un farceur sur la scène politique.
En effet, Léon Basile Ahossi, député élu sous la bannière de l’Union fait la nation qui soutient les actions du chef de l’Etat, a préféré se démarquer de la ligne politique de ce bloc. Fidèle à ses convictions, il s’affiche, par ses prises de position, comme un contempteur du régime. Ayant soutenu Lionel Zinsou à la présidentielle de 2016, Léon Basile Ahossi a voulu rester attaché à ses idéaux. Ce n’est pas donné à tout le monde d’adopter une telle posture, surtout que la possibilité lui est offerte de s’installer confortablement dans les rangs du Bloc de la majorité parlementaire (Bmp). Dans un passé récent, on l’a vu dénoncer des manœuvres au Conseil d’orientation et de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (Cos-Lépi). Même si elles sont souvent viriles, il faut reconnaitre que les prises de position de ce député ne viennent pas ex nihilo.
La questure, piquée au vif par de telles accusations ne pouvait pas y rester indifférente. Valentin Aditi Houdé parle plutôt rarement. Mais sur ce coup, il ne pouvait pas se défiler. Malgré sa carte de visite politique particulièrement impressionnante, il n’est pas un habitué des micros et caméras encore moins des plateaux télévisés ou radiodiffusés. Néanmoins, il est connu pour son franc-parler et ses sorties médiatiques sont souvent dignes d’intérêt. Sans détour, tout en se désolant de l’attitude de son collègue qui a fait fi de leur amitié pour traîner sa gestion dans la boue, il a affirmé haut et fort qu’il n’y a pas de mauvaise gestion à l’Assemblée nationale. Il en veut pour preuve le paiement régulier des salaires des députés mais aussi de l’ensemble du personnel civil et militaire. Il en est de même des prestataires dont les factures sont traitées conformément aux procédures. « L’Assemblée nationale n’est pas insolvable », a clamé le député de Zè qui s’étonne que le dénonciateur n’ait pas mené des démarches officieuses et même officielles avant d’alarmer l’opinion.
Selon Valentin Aditi Houdé, si son collègue était convaincu de ses allégations, il aurait pu s’abstenir d’apporter sa caution aux rapports d’activités du président de l’Assemblée nationale comme l’a fait un certain Atao Hinnouho. Pourquoi n’a-t-il pas adressé au président de l’Assemblée nationale des questions écrites ou orales sur ses activités ou sa gestion comme le dispose l’article 22 du règlement intérieur du parlement ? Si ces démarches avaient été menées et demeurées vaines, Ahossi aurait le mérite d’avoir mis le doigt dans la plaie. Se serait-il planté cette fois-ci ? Tout porte à le croire. Par ailleurs, tout homme est faillible. Pour plus de crédibilité et de mordant dans leurs initiatives et actions, les opposants feraient mieux de s’assurer de la pertinence de leurs faits et gestes avant de les porter à l’attention du public. Sans quoi, ils courent le grand risque de ne plus être audibles. Et ce serait fatal pour notre jeune démocratie.



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