Editorial : Place au mérite

Moïse DOSSOUMOU 20 mars 2018

Jean Bodin avait vu juste. « Il n’y a… effectivement… de richesses que d’hommes ». Dans tout processus de développement, dans toute dynamique de progrès, la ressource humaine reste et demeure la plus précieuse. Patrice Talon, alors candidat à la présidentielle l’avait compris et a promis promouvoir le mérite s’il lui était donné de présider aux destinées du Bénin. Il a fallu presque deux ans après son élection à la tête de l’Etat pour que se concrétise à une échelle réduite cette ambition. En effet, le compte-rendu du Conseil des ministres en date du 14 mars dernier lève un coin de voile sur ce qui a été fait par le gouvernement pour ce qui est de la promotion de la compétence au sein de l’appareil d’Etat. Créé en août 2016, le Fichier national d’admission et de nomination de cadres appelés aux emplois liés à la gestion des ressources publiques livre ses premiers secrets. A première vue, on peut estimer que la moisson a été abondante.
L’amorce de la constitution de la base de données de ce Fichier a visé 7 postes de la chaîne des dépenses publiques. Ainsi, les fonctions de directeur de l’administration et des finances, de coordonnateur de projet, de directeur du contrôle à la direction nationale de contrôle des marchés publics, de directeur général adjoint du budget, de directeur général adjoint du trésor et de la comptabilité publique, de directeur de l’informatique à la direction générale du budget et de personne responsable des marchés publics ont connu un fort engouement. Sur 526 candidats convoqués au départ, 332 se sont effectivement présentés et 112 ont obtenu une moyenne supérieure à 60/100 parmi lesquels 30 ont été déclarés défaillants au test d’intégrité. Tel est le résultat de cette réforme salutaire qui traduit la volonté du gouvernement de promouvoir le mérite et la compétence.
Les cadres qui ont réussi à passer avec succès les différents tests ne sont pas encore au bout de leurs peines. Se fondant sur son pouvoir discrétionnaire, l’Administration des finances se chargera, selon les instructions du Conseil des ministres, de réaliser une enquête de moralité avant toute nomination, de vérifier la régularité des dossiers notamment l’authenticité des diplômes présentés et enfin d’organiser un séminaire de renforcement de capacités à leur intention. Au terme de ce processus, cette première vague d’experts sera appelée à servir à des postes clés dans la chaîne des dépenses publiques. Le but recherché étant non seulement la compétence mais aussi et surtout la pratique constante de la vertu. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », a dit Rabelais. Le gouvernement fait bien de privilégier aussi la morale dans cette recherche de la performance. Mais ce Fichier ne peut rester cantonné dans les quatre murs du ministère de l’économie et des finances.
Toute l’administration publique a besoin que les postes les plus importants et les plus stratégiques soient occupés par des cadres compétents et vertueux. Dans tous les ministères, organismes et offices publics, cette réforme est appelée à être appliquée. Elle aura le mérite de susciter une saine émulation entre les agents publics taxés à tort ou à raison d’anti-développeurs. Lorsque cessera la culture de nomination à tout-va des « cadres politiciens », notre pays pourra accroître ses chances de figurer parmi les nations où l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers. Puisqu’il y a un début en toute chose, c’est heureux que le gouvernement ait amorcé cette réforme. Il ne reste plus qu’à la généraliser afin que la recherche de la performance soit une préoccupation de tous les instants dans nos diverses administrations. A terme, Paris et le monde entier ne garderont plus du Bénin l’image d’ « un désert de compétences ».



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