En vérité : 20 ans de nuisances sonores

Moïse DOSSOUMOU 14 novembre 2019

Il faut frapper le serpent au lieu de taper le feuillage. Mais au Bénin, la plupart du temps, c’est le contraire qui s’opère. Au lieu de prendre leurs responsabilités, d’appliquer la loi pour décourager et discipliner les contrevenants, les citoyens investis d’un mandat public préfèrent sensibiliser et reporter la sanction à des lendemains hypothétiques. Sacca Lafia, ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, en donne l’illustration. Ne voulant pas discipliner les auteurs de pollution sonore, il passe par le biais d’un énième communiqué pour les rappeler à l’ordre. « Il est rappelé qu’aux termes des dispositions du décret n°2001-294 du 08 août 2001 portant réglementation du bruit en République du Bénin, l’usage de tout appareil de communication par voie acoustique (sirène, haut-parleur, avertisseur sonore) nuisible à la quiétude des populations ainsi que l’installation de toutes sources aux abords des écoles, des formations sanitaires et des services administratifs sont formellement interdits ».
Le 7 novembre dernier, le ministre a jugé utile de ménager les contrevenants aux dispositions de la loi n°98-030 du 12 février 1999 portant loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin. Paradoxalement, ceux-ci ne se gênent pas, de jour comme de nuit, pour occasionner des nuisances à leur entourage de par leurs activités et/ou occupations. Combien sont-ils les Béninois qui subissent les décibels très prononcés des bars et maquis à longueur de journée et même dans la nuit profonde ? Combien sont-ils qui font contre mauvaise fortune bon cœur lorsque leur quiétude est constamment perturbée par le bruit assourdissant et répété généré par les animateurs des édifices religieux ? Qu’en est-il de ceux qui se sont résignés à vivre avec les nuisances sonores générées par certains artisans et les utilisateurs de moulins à céréales et à condiments ? Pourtant, ce n’est pas que ces activités sont interdites, mais elles sont strictement encadrées, non seulement par des horaires spécifiques, mais aussi par le niveau de décibels.
Le comble, c’est que les plaintes des victimes exaspérées par l’insouciance des promoteurs de bruits donnent souvent lieu à de vives altercations. Bien que reconnaissant le fait, le ministre se veut encore souple alors qu’il faut sévir. Les communiqués de rappel à l’ordre diffusés par voie de presse ont montré leurs limites. C’est à peine s’ils ne sont balayés du revers de la main, car en réalité, personne ne s’en préoccupe. A tous les coups, c’est un dialogue de sourds qui est engagé toutes les fois que la sensibilisation est préférée à la répression. Depuis 20 ans que la loi-cadre sur l’environnement a été promulguée, son application laisse à désirer. C’est à croire que le législateur a fait l’option de la sensibilisation plutôt que de la répression. Or, en parcourant cette norme, les articles qui disposent des sanctions auxquels s’exposent les contrevenants sautent aux yeux.
Depuis 1999, l’option pour les moyens contre productifs est à la mode. Lorsque le ministre appelle au sens de responsabilité des promoteurs pour le respect de la loi et de la commodité du voisinage, quand est-ce que ses services entreront en scène pour la phase répressive ? Certes, il est avancé que les structures compétentes sont instruites pour le contrôle afin que les auteurs des troubles soient punis conformément à la loi. Jusqu’à preuve du contraire, cela demeure un vœu pieux. Pour qui connaît l’entêtement du Béninois à défier l’ordre établi lorsque ses intérêts sont en jeu, ce n’est pas un simple appel à la responsabilité qui le fera plier. La solution est connue de tous. Il suffit de l’appliquer. « La peur du gendarme est le commencement de la sagesse ». C’est le moment ou jamais de passer à la répression sans discrimination. 20 ans de sensibilisation, c’est énorme. Il faut passer à l’action.





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