En vérité : 28 jours…et toujours rien !

Moïse DOSSOUMOU 17 septembre 2019

Ça ne devait durer que 28 jours. En tout cas, c’est ce qui a été annoncé au départ. Le délai est échu depuis quelques heures. Pourtant, rien n’a changé. Les frontières nigérianes sont toujours verrouillées. Jusque-là, les différents plaidoyers et les actions entreprises par les Etats voisins du Nigéria en solitaire ou en groupe n’ont pas encore abouti. Sûr de lui, Abuja est resté ferme sur sa décision. Depuis la nuit du 19 au 20 août derniers, l’économie béninoise tourne au ralenti. Et la situation n’est pas près de s’améliorer. Voyant le danger persister et s’intensifier, Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’Etat en charge du plan est sorti de sa réserve. La réduction considérable du volume des échanges voire des recettes douanières et des ressources globales de l’Etat est l’une des conséquences les plus redoutées. Si par malheur, les choses en restaient là, c’est que les recettes fiscales et la croissance économique attendues pour 2019 seraient sérieusement impactées.
Ce qui risque d’advenir à terme, c’est que la loi de finances, exercice 2019, soit revue. Un collectif budgétaire pourrait advenir dans un proche avenir parce que le budget général de l’Etat en cours d’exécution ne sera plus réaliste du fait de cet événement qui bouleverse toutes les prévisions. A cause des importations massives frauduleuses, le Nigéria a dû prendre ses responsabilités, mais cette sanction a tout l’air d’une déclaration de guerre. En effet, les conflits ne font pas seulement intervenir les armes. Il y a des guerres économiques qui sont de véritables tortures morales. Les effets sont les mêmes que ceux d’une guerre classique. Cette asphyxie économique décidée par le grand voisin de l’Est a un impact considérable sur les 12 millions de béninois. Chacun, d’une manière ou d’une autre, paie le prix de cette décision unilatérale. Jusque-là, rien ne semble annoncer la délivrance. La loi du plus fort a de beaux jours devant elle.
Depuis le 20 août dernier, l’Assemblée nationale, censée relayer les peines et souffrances des populations adopte une attitude plutôt curieuse. Aucune interpellation du gouvernement sur le sujet n’a été notée. Visiblement, les députés n’ont que faire de ce drame qui frappe de plein fouet des dizaines de milliers de ménages. Au palais des gouverneurs, les deux partis politiques représentés sont indifférents à la situation. Dans un tel contexte, il revient aux députés de prendre les devants en pressant le gouvernement d’interrogations. En lieu et place de cet activisme salutaire, c’est à un calme plat qu’on assiste de ce côté-là. Certes, les vacances parlementaires peuvent expliquer en partie cette inertie. Il y a quelques semaines, ces mêmes députés ont écourté leurs congés pour recevoir le président indien en visite au Bénin. Ils auraient pu faire de même et se réunir d’urgence afin d’inviter l’Exécutif à apporter des éléments de réponse à cette crise de confiance entre les deux pays.
Dans le même temps, le gouvernement rechigne à informer l’opinion des tractations en cours. C’est une évidence que les services diplomatiques n’étaleront pas ce qui se fait sur la place publique. N’empêche ! Les Béninois ont soif d’informations sur le sujet. Le ministère des affaires étrangères doit briser la loi du silence instituée depuis le 20 août. C’est connu que le chef de l’Etat et ses collaborateurs ne sont pas restés passifs. Mais, ont-ils vraiment actionné tous les leviers ? Si les discussions entre Patrice Talon et Muhammadu Buhari n’ont pas encore abouti, que faut-il faire d’autre pour écourter le calvaire des populations ? C’est une question fondamentale. On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n’était ou à minimiser le sujet. L’heure est grave. Jusqu’à quand le Nigéria compte-t-il verrouiller ses entrées ? Qu’est-ce qui n’a pas marché avec le Bénin pour que la situation perdure ? Plus que quiconque, Patrice Talon est interpellé.



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