En vérité : Année sauvée mais…

Angelo DOSSOUMOU 30 avril 2018

Elle ne sera plus blanche. Sauf cataclysme, avec un calendrier réaménagé, l’année scolaire ira à son terme. Après plus de trois mois de grève puis une série de suspensions de motions, voilà enfin le retour des enseignants et des apprenants dans les salles de classe. Bonne nouvelle certes, mais n’oublions surtout pas que c’est de guerre lasse que les mouvements de débrayages ont été abandonnés. Et puisqu’il en est ainsi, sauver l’année scolaire n’est pas synonyme de régler tous les problèmes.
Alors, au-delà de la reprise des cours, premier défi : la permanence du dialogue avec les partenaires sociaux et l’objectivité dans les prises de position. Sinon, quel crédit accorder à un syndicalisme protestataire contre le retrait du droit de grève qui, instinctivement, embraye sur des revendications corporatistes pour, à la fin, passer une éternité avant d’accepter, même si c’est à contrecœur, l’offre gouvernementale ? Et quel plaisir peuvent éprouver des décideurs, en mesure d’apporter des solutions idoines, devant une école longtemps mise entre parenthèses ?
D’ailleurs, c’est l’Etat qui doit assurer l’instruction aux populations. De plus, l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer un pays. Alors, qu’on le veuille ou non, l’autre grand défi d’une année scolaire vraiment spéciale, c’est celui du rendement. Si le ministre Kakpo Mahougnon peut se permettre d’être péremptoire et d’affirmer que nous aurons une année scolaire correcte, nous autres sommes, pour le moment, à l’étape de questionnements.
Déjà, première certitude, la dynamique instaurée par les enseignants dans leurs salles de classe est cassée. Il faut en principe la restaurer. Mais, dans l’optique de rattraper le retard et de terminer les programmes à temps, ce serait surprenant que d’aucuns s’embarrassent du rythme approprié pour faire passer le message. Quant aux élèves, comment pourraient-ils raisonnablement se concentrer et combler les attentes dans un environnement vicié ?
En définitive, bien que l’année scolaire est en passe d’être sauvée, n’attendons pas avant de nous lancer dans de profondes réflexions pour non seulement prévenir les grèves cycliques mais aussi, à travers les programmes scolaires, redonner à l’école béninoise ses lettres de noblesse. Car, comme le dit si bien Antoine Claude Gabriel Jobert, une ignorance complète vaut mieux qu’une éducation mal digérée.
Malheureusement, jusqu’ici, le Conseil national de l’éducation censé donner la bonne directive est toujours en couveuse. Et, d’incrédules grévistes postés à tous les carrefours des malentendus. A ce rythme, il va sans dire que ceux qui pensent que l’école béninoise est une usine à fabriquer des cancres finiront par avoir définitivement raison. Tout comme ceux qui doutent du développement harmonieux et rapide d’un pays frappé de plein fouet par l’illettrisme et un syndicalisme instinctif. Ne l’oublions surtout pas : le niveau de l’éducation d’une nation est intimement lié à son essor économique.
En un mot, pour des résultats probants et un Bénin à révéler, à l’école, on devrait bien travailler, jamais la paresse et, à la limite, jamais de grève. Mais pour ça, donnons aux enseignants, en fonction des capacités de l’Etat, ce qu’ils méritent. Et comme il y aura toujours des grévistes indécrottables, que l’encadrement du législateur ne tarde plus. Sans quoi, ce n’est juste qu’une année scolaire qui est sauvée, pas le système éducatif. Alors, soyons pragmatiques !



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