En vérité : Ces réformes oubliées

Moïse DOSSOUMOU 18 septembre 2019

On nous a dit que l’ambition sera la marque du régime. Et que tout ce qui n’a pu se faire depuis 1960 se fera seulement en quelques années. On nous a dit aussi que désormais, les choses iront vite, très vite. Si cette assertion se vérifie par endroits, ailleurs, on assiste à une marche à pas de tortue, à des tâtonnements ou encore à des remises en cause des choix. Et tout ça se fait en silence. Dans le secteur éducatif, deux projets phares annoncés ne suscitent plus un grand intérêt de la part des pouvoirs publics. L’introduction de l’apprentissage de la langue anglaise dès le primaire et l’instauration des journées continues à l’école. Que deviennent ces deux intentions dont la pertinence ne se pose pas en tant que tel ? Pense-t-on toujours à leur mise en œuvre ? A-t-on déjà embrassé trop de choses pour ne plus se risquer sur d’autres chantiers ?
Depuis lundi dernier, la rentrée scolaire 2019-2020 est effective sur l’ensemble du territoire national. Comme d’habitude, les cours privés ont démarré les activités pédagogiques sur des chapeaux de roue. Pendant ce temps, dans le public, tout se met progressivement en place, même si dans certaines matières, les enseignants ont déjà donné le top. Mais jusque-là, aucune des deux réformes suscitées ne sera d’actualité au cours des neuf prochains mois. Soit, les réglages ne sont pas encore opérés, soit l’un de ces projets ou les deux à la fois ont été renvoyés aux calendes grecques. Dans un monde en pleine mutation, l’apprentissage de l’Anglais s’impose à tous. Certes, le Français est la langue officielle du Bénin. Mais l’Anglais est de plus en plus incontournable. Traditionnellement, pour ce qui est de l’école publique, c’est à partir du collège que les élèves découvrent cette langue qui leur deviendra familière sept années durant.
Pour la plupart, le contact avec la langue de Shakespeare se limite aux notes récoltées pour le calcul des moyennes. Peu font l’effort de la maîtriser au point de s’exprimer couramment. De plus en plus, vu le poids de cet outil linguistique, il est recommandé de se l’approprier très tôt. Ayant compris ce changement de paradigme, les cours privés se sont jetés très vite à l’eau. A partir de la maternelle dans certains cas, les tout petits sont déjà conditionnés à parler l’Anglais. Pendant ce temps, le public cherche ses marques. Lorsque, dans ce secteur, l’idée d’introduire l’apprentissage de l’anglais au primaire a été évoquée, c’est à cœur joie que l’opinion a accueilli la nouvelle. Les enseignants qualifiés pour dispenser les cours manquent-ils à l’appel ? Le coût que cette mesure doit générer va-t-il peser plus qu’il n’en faut sur le Trésor ? Le gouvernement, à travers le ministre des enseignements maternel et primaire est interpellé.
Le second projet non moins pertinent, c’est l’institution des journées continues à l’école mais aussi dans l’administration. Agitée il y a quelques temps, cette idée semble ne plus intéresser les décideurs. Pourtant, elle n’est pas si mauvaise que ça. Certaines administrations publiques font déjà la pratique avec succès. Il y a toujours un gain à achever la journée de travail un peu plus tôt. Il faut croire que la mayonnaise n’a pas pris. Avec la pression du temps et les multiples réformes engagées, les gouvernants en sont restés là. Il faut espérer tout au moins à court terme que la réforme de l’anglais se concrétise. Ignorer l’Anglais est un gros risque que ne doivent pas courir les générations actuelles et futures. Avec la proximité du Nigéria et du Ghana et les multiples possibilités qu’offre le bilinguisme, il vaut mieux être en harmonie avec les nouvelles exigences du monde professionnel pour espérer s’y épanouir. Et pour ça, il revient aux dirigeants de tracer le cadre et de consentir les efforts conséquents.





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