En vérité : Ces tournées improductives

Moïse DOSSOUMOU 15 octobre 2019

Ça redémarre. Les anciennes habitudes sont de retour. Les nouveaux ministres très inspirés et heureux de siéger au gouvernement mettent les pieds dans le plat. Les fameuses tournées ministérielles de prise de contact qui interviennent au lendemain de chaque remaniement sont encore d’actualité. Visiblement, la rupture, avec son cortège de réformes, n’a pas encore pris par là. Ce qui fait que certains ministres fraîchement nommés au gouvernement, pressés de découvrir et de se familiariser avec les visages de leurs nouveaux collaborateurs prennent d’assaut le terrain. Objectif : parcourir le pays, serrer quelques mains, constater de visu les conditions de travail, recueillir les difficultés et doléances en vue d’y apporter des solutions. Ce refrain aussi vieux que la fonction ministérielle est remis au goût du jour. Ces derniers temps, certains membres du gouvernement font revivre cette pratique qui, sur le plan du management, a montré ses limites.
Le constat le plus frappant mais aussi le plus ahurissant trouve sa source au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Eléonore Yayi Ladékan, nouvellement promue au poste de ministre est sur le terrain. Depuis quelques jours, elle fait le tour des universités publiques pour s’enquérir des difficultés et envisager les approches de solutions. Une démarche plutôt curieuse pour l’ex vice-recteur de l’Université d’Abomey-Calavi. Coïncidence pour coïncidence, elle a démarré sa tournée par ce haut-lieu du savoir qu’elle connaît par cœur, non seulement du fait de son statut d’enseignant chercheur, mais plus encore parce qu’elle a fait partie de l’équipe rectorale de 2017 jusqu’à sa récente nomination. Elle ne peut donc pas prétendre ignorer les réalités de l’Uac. Pareil pour les autres universités publiques dont elle n’ignore pas les conditions de travail des enseignants et celles des étudiants du simple fait que ces questions sont évoquées et débattues lors des rencontres périodiques avec le ministre.
Qu’est-ce qui peut bien justifier cette tournée inopportune et impertinente ? Ce déplacement a tout l’air d’une ballade de santé comme cela a toujours été le cas pour la plupart des ministres qui se servent de ce prétexte pour sillonner le pays. Si ces « virées ministérielles » sont très prisées, les bénéfices qu’elles engendrent sont moindres pour ne pas dire inexistants. Les diverses entités et structures déconcentrées ploient toujours sous le poids des difficultés. Il est illusoire de croire qu’une visite ministérielle peut régler des problèmes dont la résolution nécessite plus de volonté que de moyens. Un ministre n’a pas besoin de se rendre sur le terrain pour une prise de contact avant de faire le job pour lequel il a été nommé. Le monde évolue et le management offre plusieurs possibilités modernes qui ont fait leurs preuves ici et ailleurs. Au lieu de s’accrocher aux méthodes du passé, il faut plutôt chercher à rester dans l’air du temps.
Ce n’est pas pour rien que les textes ont prévu une certaine stabilité pour les fonctionnaires qui occupent le poste de secrétaire général. La mémoire des ministères se trouve au niveau de ce service stratégique. Il suffit de quelques fiches pour que le ministre, tout nouveau qu’il soit, ait une idée précise de la situation du ministère dont il tient les rênes. La chose la plus simple à faire pour un membre du gouvernement est de se mettre au travail sans chercher à réinventer la roue. A l’occasion, des visites même inopinées peuvent s’imposer dans les structures relevant de leur responsabilité. Un bémol tout de même. Les ministres des travaux publics, du tourisme ou encore des affaires sociales qui visitent des chantiers ou séjournent sur les sites de sinistres sont dans leur rôle. Mais, la sempiternelle tournée de prise de contact est à bannir parce que improductive. Au Congo par exemple, un ministre mettrait 3 ans pour parcourir le pays à rencontrer ses structures décentralisées.





Dans la même rubrique