En vérité : Changer de paradigme

Moïse DOSSOUMOU 21 juillet 2020

Les noces de diamant s’annoncent. Plus que quelques jours et le Bénin va souffler sa 60ème bougie. Six décennies déjà que le Dahomey rebaptisé Bénin est face à son destin. Une longue période d’errements, de reculs, mais aussi de succès et de progrès. Dans la longue marche des peuples vers le développement, il y a des moments de gaieté et de tourments. Le Bénin n’échappe point à cette règle. Le 1er août 1960, l’enthousiasme et l’espoir de lendemains meilleurs étaient de mise. Les compatriotes d’alors étaient convaincus de tenir enfin le bon bout après le passage du colon qui a tout régenté au nom de ses intérêts. Un coup d’œil dans le rétroviseur permet de constater que s’il y a eu des avancées, elles sont loin de satisfaire les attentes. Il y a encore tant à faire dans tous les domaines. C’est un peu comme si, pendant tout ce temps, le pays s’accorde un long moment d’assouplissement avant de se réveiller pour se rendormir l’instant d’après.
Il suffit de voir certaines habitudes tenaces pour se convaincre du fait que les Béninois ont encore du chemin pour être réellement épanouis. D’abord, les habitudes vestimentaires des concitoyens concentrés dans les pôles urbains sont dérivées de la culture occidentale. Le port du costume et des tailleurs sous un soleil de plomb est perçu comme un signe de prestige tandis que ceux qui arborent les tenues dites locales ne sont souvent pas considérés à leur juste valeur. Certes, il est noté une évolution positive sur ce plan. Mais le chemin est encore long pour inverser la tendance. Encore que la plupart des tissus servant à confectionner les tenues dites locales proviennent de l’extérieur. Les vêtements d’origine purement africaine ne courent pas les rues. Les artisans locaux qui s’y consacrent en perpétuant la tradition n’ont qu’une maigre portion du budget des ménages consacré à cette rubrique tandis que les importateurs de tissus et autres textiles fabriqués à l’étranger se taillent la part du lion.
De même que l’habit, les soins de santé sont essentiels. Ils font d’ailleurs partie des cinq besoins fondamentaux de l’Homme. Tout comme c’est le cas dans les pays francophones, la médecine moderne reçoit l’attention des pouvoirs publics. Quant à ceux qui s’investissent dans la pharmacopée africaine, il leur faut braver des obstacles interminables pour obtenir la reconnaissance officielle de leurs produits. Certes, il y a beaucoup de vendeurs d’illusions dans ce secteur. Mais les sachants qui se démarquent du lot peuvent faire bénéficier de leur science à la communauté nationale en appuyant les médecins débordés par certains cas. Les pharmacies dont les médicaments proviennent des laboratoires occidentaux font des chiffres d’affaires intéressants tandis que les nôtres sont dans le besoin. Valentin Agon dont la notoriété a dépassé les frontières nationales trépigne d’impatience quant à l’utilisation de son produit qu’il juge efficace contre la Covid-19. Tout porte à croire qu’il attendra longtemps. Pendant ce temps, les remèdes venus d’ailleurs ont le vent en poupe.
Le premier besoin de tout être humain, c’est l’alimentation. Les Béninois, en tout cas la classe moyenne, ont une préférence pour les habitudes culinaires occidentales. Jeunes et adultes en raffolent. Une catégorie bien fournie de fastfoods, maquis et autres restaurants s’est spécialisée dans ce registre. La clientèle qui ne désemplit pas fait la joie des promoteurs. Il faut néanmoins reconnaître que des restaurateurs s’évertuent à promouvoir les plats locaux. Certes, ce n’est pas encore la grande affluence à leur niveau, mais l’engouement est manifeste. Au-delà des infrastructures sociocommunautaires, un pays a besoin de puiser dans ses richesses intrinsèques pour aller de l’avant. C’est d’ailleurs la seule voie de développement qui a fait ses preuves un peu partout sur le globe. 60 ans après l’indépendance, il est temps de changer de paradigme.





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