En vérité : Combattre la pollution sonore

Moïse DOSSOUMOU 28 juillet 2020

C’est un problème de santé publique. Mais il n’est pas traité avec toute la fermeté requise. Cette déviance en vogue un peu partout ne finira pas de si tôt. Sortis de terre comme de champignon, les lieux de culte détiennent la palme d’or de la pollution sonore. Sous le prétexte des prières et louanges, des décibels d’une agressivité à nulle autre pareille troublent constamment l’ordre public. Cette pratique qui se déroule constamment au nez et à la barbe des autorités s’amplifie chaque jour qui passe. Les victimes qui se chiffrent en dizaines de milliers, fatiguées de porter plainte, rongent leur frein en désespoir de cause. Les quelques rares tentatives visant à corriger le mal se sont heurtées au puissant lobby des responsables religieux. De ce fait, la loi censée protéger les populations contre les déviances n’existe que sur papier. Dans la réalité, pour ce cas précis, elle peine à être appliquée.
Les églises évangéliques sont au hit parade des plaintes incessantes. Installées aux abords des voies, dans les ruelles, ou encore à proximité des habitations, elles sont quasiment ouvertes 24h/24. Le silence et le recueillement indispensables pour la méditation ne sont pas les bienvenues. Il faut du bruit, beaucoup de bruits pour s’adresser à l’être suprême. Les veillées, les études bibliques, les prédications sont les moments privilégiés pour troubler le silence. Les voisins, impuissants, subissent ce phénomène parce que ne disposant pas de marges de manœuvres pour mettre fin à leur calvaire. Certes, il est évident que certaines célébrations nécessitant la présence d’une chorale ne peuvent passer sous silence. Mais, puisqu’il faut de la mesure en toute chose, il y a un seuil de décibels qu’il ne faut pas dépasser. Plus encore, les horaires doivent être adaptés pour ne pas perturber outre mesure le voisinage. Ce sont des détails qui comptent lorsqu’une congrégation religieuse s’implante dans un quartier populaire ou résidentiel.
Outre les lieux de culte, certains artisans qui ne peuvent s’empêcher de produire du bruit dans l’exercice de leurs activités, sont aussi passés maîtres dans les nuisances sonores. Les soudeurs en l’occurrence, dont la matière première est le métal, sont, à leur corps défendant, sources de pollution sonore. Toute la journée et même en début de soirée, les personnes ayant élu domicile dans les alentours de leurs ateliers vivent ce calvaire. Là également, si on ne peut les condamner de troubler la paix du voisinage, le respect des heures de repos doit être une exigence à laquelle ils ne peuvent se soustraire. Idem pour les moulins à maïs dont les promoteurs ont commencé par respecter la réglementation en vigueur. En effet, c’est à des heures données que les moteurs sont mis en marche. Mais on ne peut en dire autant des propriétaires des moulins à condiment dont le bruit assourdissant perturbe fréquemment la quiétude des uns et des autres.
Censés appliquer la loi, les animateurs du pouvoir judiciaire sont interpellés. Une levée de boucliers contre la pollution sonore à répétition est souhaitée pour discipliner les promoteurs de bruits à outrance. Il y a quelques mois, le procureur de la République près le tribunal de première instance de première classe de Cotonou avait déclaré la guerre à l’insalubrité. Dans la foulée, plusieurs personnes interpellées ont été placées sous mandat de dépôt. A la fin, la plupart ont payé des amendes. Il est temps que les pouvoirs publics s’occupent des spécialistes de la pollution sonore. Après la sensibilisation, la répression pourra discipliner les récalcitrants. C’est ce qui a manqué jusqu’ici. L’ordre public mérite d’être préservé envers et contre tout.





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