En vérité : Convaincre à tout prix

Moïse DOSSOUMOU 27 janvier 2020

GFP. Entendez « le Gouvernement face à la presse ». C’est le nouveau format de communication à l’actif de l’Exécutif. Contrairement aux quatre dernières années, le porte-parole du gouvernement se veut plus offensif. Prenant à contre-pied la normo-communication, Alain Orounla se veut plus entreprenant. Comme un agent soucieux du respect de son cahier de charges, il se jette dans l’arène avec l’intention d’en découdre avec tous ceux qui expriment des désaccords quant aux faits et gestes du gouvernement. Le vendredi 24 janvier dernier, il s’est livré à cet exercice inaugural qui se veut mensuel. Le GFP ou encore le grand oral du ministre de la communication est donc le nouveau bébé qui vient s’ajouter à la longue liste d’initiatives prises dans le but de donner plus de visibilité aux actions de l’Exécutif. Cet énième format se veut donc « une rencontre d’échanges sans tabou et surtout sans langue de bois ».
Pour Alain Orounla qui se positionne davantage sous les feux de la rampe, « ce rendez-vous est instauré pour un dialogue avec la presse pour plus d’équité dans le traitement des informations. Il vise aussi à mettre fin aux fake news qui sont partagés dans le public et sur les réseaux sociaux par des ennemis du développement ». Les sujets évoqués pêle-mêle et les réponses apportées par le ministre ont-ils convaincu ? Peut être que oui, peut être que non. Pourquoi Alain Orounla a-t-il senti le besoin de créer un nouveau cadre pour s’exprimer face à la presse ? Les discussions hebdomadaires qu’il tient avec les professionnels des médias au terme des séances du Conseil des ministres ne sont-elles pas productives ? Qu’est-ce qui change fondamentalement entre ces deux formats, puisque a priori ce sont les mêmes sujets qui feront l’objet d’échanges ? Comme le dit un adage de chez nous, « trop de viandes ne gâtent pas la sauce ».
Au demeurant, ce nouveau plat qui vient s’ajouter au menu déjà bien garni proposé par les services de la communication gouvernementale n’est pas inconnu des Béninois. Par le passé, ils y ont goûté et l’ont redemandé. Qu’on l’aime ou pas, même si ses arguments ne parvenaient pas à convaincre tout le monde, il faut reconnaître que Gaston Zossou qui a initié ce type de discussions à bâtons rompus a assuré. Depuis 15 ans qu’il a quitté la tête du ministère de la communication, aucun de ses successeurs n’a réussi à s’approprier son art. A l’époque, que vous soyez mouvancier, opposant, centriste ou même indifférent à la chose politique, Gaston Zossou vous donnait envie de l’écouter. Chaque semaine, avec une inspiration et une énergie débordantes, il assurait son office. Il a su valoriser cette tribune à telle enseigne que c’était un rendez-vous pris à l’avance qu’il ne fallait pas manquer.
Avocat de son état, Alain Orounla qui se retrouve dans la même posture que Gaston Zossou au début des années 2000 pourra-t-il susciter et maintenir l’intérêt de l’opinion pour ce nouvel exercice ? Certes, sa profession lui donne l’avantage du discours. Depuis son entrée au gouvernement, il donne l’impression de prendre sa mission très au sérieux. Il ne manque d’ailleurs pas de s’attaquer aux sujets, des plus anodins aux plus délicats, comme un soldat envoyé au front. Cela lui a valu des tirs bien nourris d’une certaine opinion quant aux postulats qui sont les siens. 2020 et 2021 étant des années électorales et pré-électorales, on comprend la préoccupation du gouvernement de s’investir sur tous les fronts pour susciter l’adhésion populaire à sa cause. C’est une bataille qui ne fait que commencer. Orounla descend donc dans l’arène prêt à répliquer et à donner des coups. Pourra-t-il convaincre ? La balle est dans son camp.





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