En vérité : des témoignages peu ordinaires

Moïse DOSSOUMOU 1er juillet 2020

Ce sont des récits poignants. Il ne pouvait en être autrement pour des personnes qui ont vu la mort d’aussi près. Victimes de la Covid-19, ces rescapés qui reviennent de loin, ont choisi de briser le mythe du silence. Faisant fi de la crainte d’une possible stigmatisation, poussés par le désir d’éviter à leurs concitoyens la galère qui fut la leur, ils ont décidé de donner de la voix. A visage découvert, ils évoquent ce douloureux épisode auquel ils ont été confrontés. A les entendre, il est aisé de deviner qu’ils sont passés par toutes les étapes du désespoir avant de vaincre la fatalité. Désormais guéris, ils attestent de la réalité de la présence de ce virus sur le territoire béninois. Dans le lot, deux témoignages particulièrement captivants retiennent l’attention. Yolande Tohouegnon, mère de famille qui a subi la même mésaventure que son fils et Eugène Zoumènou, médecin sont considérés comme des miraculés.
La première, chez qui tout a commencé par une toux banale devenue insistante, s’est finalement retrouvée malgré elle au centre de traitement d’Allada. Son récit entrecoupé de soupirs laisse aisément deviner la douleur physique et morale qui fut la sienne. 14 jours durant, éloignée de ses enfants et de ses proches, elle a affronté la maladie aux côtés d’une voisine de chambre, elle aussi infectée qui finira par lui fausser compagnie au terme du 6ème jour. La perte circonstancielle du goût et de la vue en rajoute à son émoi. Finalement, tout est rentré dans l’ordre. Elle fut déclarée guérie au bout de 14 jours. Mais son soulagement ne sera que de courte durée. Une autre épreuve encore plus stressante l’attendait. Son fils, épargné jusque-là s’est également retrouvé dans l’engrenage de la maladie. La voilà repartie pour plusieurs jours d’anxiété. 20 au total au cours desquels, contrairement à elle, l’enfant a été placé sous respirateur. Une fois de plus, la chance était de son côté.
Anesthésiste-réanimateur de son état, qui plus est directeur du Samu, le Pr Eugène Zoumènou raconte également son calvaire. Rétabli après 11 jours de traitement, il est la preuve vivante du grand risque auquel s’expose le personnel soignant, qui en dépit des précautions prises, n’est pas toujours à l’abri d’une contamination. Le test de diagnostic rapide négatif au départ, s’est révélé positif suite à la Pcr effectuée 24h plus tard. Ayant chopé le virus suite à un contact avec un cas grave, il a développé plusieurs symptômes à savoir l’irritation de la gorge, la toux, la fièvre, les maux de tête et surtout des douleurs musculaires. Remis sur pied, il exhorte les populations à se remettre en cause. « Moins les gens vont respecter les gestes barrières, plus le nombre de cas va augmenter ». Contrairement à ce qu’on peut penser, ce médecin au cœur du dispositif de riposte martèle que des cas dont l’âge est compris entre 38 et 40 ans luttent pour leur survie.
Toujours dans son rôle d’éveilleur de consciences, le directeur du Samu insiste sur le fait que les personnes souffrant de maladies chroniques telles que l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité, l’asthme, le cancer, l’insuffisance rénale… développent les cas les plus graves. « Quand vous allez à Allada et que vous voyez le nombre de cas graves qu’il y a, c’est affligeant », avertit le médecin. D’où l’importance du strict respect des gestes barrières et de la limitation des déplacements. Pour ceux qui en doutent, la Covid-19 existe bel et bien. A la date du 29 juin 2020, le Bénin compte officiellement 1199 cas confirmés, 333 guéris, 845 sous traitement et 21 décès. Ces chiffres, insignifiants au départ, deviennent inquiétants. Désormais, pour ne pas se retrouver entre la vie et la mort du fait de ce virus, chacun est appelé à devenir son propre gendarme.





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