En vérité : Drôle de médiation !

Angelo DOSSOUMOU 3 avril 2018

Pour une farce, « Joe l’indien » est désormais dans la place. Facilitateur institutionnalisé grâce au bon vouloir du Renard de Djrègbé et du président Boni Yayi, Joseph Gnonlonfoun s’est enfin décidé à sortir de son sommeil pour jouer la comédie d’une médiation dans l’interminable crise sociale. Tenez ! Deux mois, c’est le temps mis par le médiateur de la République pour comprendre que quand l’Etat est en péril, il devrait rapidement s’autosaisir et aller à la recherche de solutions.
Hélas ! Visiblement, jusqu’ici, tous les Béninois n’ont pas la même lecture de ce qui fonde l’existence d’une institution érigée au forceps. D’abord, le dynamisme et ensuite, des résultats concrets. Mais, pendant deux lunes toutes entières de grèves, « Joe l’indien », à la surprise générale, s’est tu. Et subitement, le voilà tout excité, comme un médecin après la mort, à s’enquérir des causes d’une paralysie de l’administration publique. Vraiment, il y a de ces comédies et de ces hypocrisies qui, jamais, ne feront rire. Surtout quand l’institution qualifiée mais endormie s’est finalement fait ravir la vedette par une autre compétente en matière d’analyses socioéconomiques et de propositions au gouvernement.
Disons-le, le Ces décrié au temps fort du projet de révision de la Constitution a, très tôt, mouillé le maillot pour le dégel. D’ailleurs, si les syndicalistes sont revenus à la table des négociations, le président Augustin Tabé Gbian y a beaucoup contribué. Pourtant, ce n’est pas des prérogatives de l’institution qu’il dirige. Pendant ce temps, celle conduite par Joseph Gnonlonfoun jouait au spectateur joyeux. Drôle d’institution !
En définitive, plus efficaces et plus pragmatiques que le médiateur de la République au Bénin, il y en a. La preuve, c’est quand des efforts et des initiatives ont été déployés pour le dégel et que les suspensions pleuvent que le médiateur de la République s’active pour une sortie de crise. Mais là encore, la démarche laisse à désirer. Certainement, pas bien inspiré et parfaitement imprégné de ses prérogatives et des modes de règlement des conflits, le médiateur commet l’erreur de s’assimiler à la Cour constitutionnelle et à l’Assemblée nationale.
Sinon, généralement, un bon facilitateur prend son bâton de pèlerin, et suivant le principe de la hiérarchisation des normes, va à la rencontre des protagonistes. Alors, quand au lieu d’écrire au chef de l’Etat pour le rencontrer, il en vient à convoquer ses ministres, qui ne répondent pas d’eux-mêmes, à quel résultat ou quel engagement peut-il s’attendre ? Déjà, le législateur, par exemple, n’adresse pas ses questions orales ou écrites aux ministres mais au gouvernement. Que dire donc d’une institution qui n’est pas constitutionnelle ?
De toute façon, le médiateur de la République a beau, dans bien de cas, aider les citoyens à résoudre leurs conflits avec l’Etat, son apathie et sa démarche bancale pour la résolution d’une crise d’ordre national posent un véritable problème. A la fin, les Béninois ont raison d’affirmer que l’institution dirigée par Joseph Gnonlonfoun est une escroquerie intellectuelle qui justifie mal sa raison d’être. Après tout, médiateur avons-nous dit. Pas spectateur ni contemplateur. Malheureusement, avec « Joe l’indien » et sa pièce « mieux vaut tard que jamais », l’heure est définitivement aux regrets.



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