En vérité : Duel fratricide

Moïse DOSSOUMOU 29 juillet 2019

Entre eux, les rapports ne sont pas au beau fixe. Leur appartenance commune à la mouvance présidentielle ne fait pas pour autant d’eux des frères. Certes, Progressistes et Républicains parleront plus ou moins le même langage à l’Assemblée nationale, mais dans les faits, sur le terrain, la compétition est toujours d’actualité. Avant les législatives du 28 avril dernier, le Bloc républicain, sûr du charisme de ses membres, était convaincu de ravir la vedette à l’Union progressiste. Mais le verdict des urnes a plutôt consacré le contraire. Cette contreperformance vécue comme une gifle n’est visiblement pas encore digérée. C’est pourquoi, très vite, prenant en compte cet échec et ne voulant pas se faire distancer une seconde fois, notamment lors des municipales, communales et locales qui pointent à l’horizon 2020, les leaders du Bloc républicain reviennent à la charge. Cette fois, la guerre est ouverte.
Les tiraillements sont prononcés à telle enseigne que l’arbitrage du chef de l’Etat a été requis. A Abomey-Calavi par exemple, les frictions sont évidentes. Le contrôle de cette cité stratégique à partir de l’année prochaine fait couler beaucoup d’encre et de salive. Sorti de sa réserve, c’est à peine si Nathanaël Sokpoekpe, le porte-flambeau des républicains dans la 6ème circonscription électorale, n’a pas lancé les hostilités. Son message est clair. Les progressistes ne sont pas en territoire conquis. Cela relance de plus belle les querelles fratricides. Il en est ainsi de plusieurs localités. Les convoitises et les appétits décuplent les passions et font monter le mercure. L’année prochaine, ces deux partis siamois au départ, vont devoir prendre chacun leur trajectoire. Au fur et à mesure, ils s’affirmeront à condition que la discipline de groupe qui semble bien fonctionner, demeure. Les postures qui se rejoignaient se radicaliseront au fil du temps.
Si sur le terrain, les rivalités sont perceptibles, à l’Assemblée nationale par contre, les élus des deux partis filent le parfait amour. Pour l’instant, rien n’a encore ébranlé l’osmose en cours depuis l’installation des députés de cette 8ème législature. On ne sent pas encore une nette différence dans les prises de positions, somme toute, encore timides. Les nouveaux députés qui sont d’ailleurs les plus nombreux, on les entend très peu, sinon pas encore. Nul doute qu’ils prennent le temps de s’acclimater. De toutes les manières, ils ont intérêt à monter au créneau. Les conditions de leur élection et de leur installation ne s’oublieront pas aussi facilement. De leur posture à l’Assemblée nationale dépendra également celle de l’opinion à leur endroit. Les plus rigides ne se font aucune illusion quant à la qualité de leurs productions. Seuls les éternels optimistes croient que le meilleur peut advenir en toute situation.
Il appartient aux 83 élus d’écrire leur histoire individuelle et collective au cours de cette législature. Il est vrai que leur étiquette politique sera déterminante dans leurs prises de positions. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils se contenteront tous de se fondre dans la masse. Les tiraillements qui s’amplifient sur le terrain sont l’occasion pour les leaders cachés de se révéler et de marquer leur territoire. Le jeu politique n’en sera que plus intéressant. A tous les coups, il va trancher avec la monotonie des dernières législatives. Plus on s’approchera des scrutins de 2020, plus les guerres de leadership feront rage. Dans de telles conditions, c’est souvent un troisième clan qui profite de la division. Dans le cas d’espèce, l’opposition qui est toujours aux prises avec le ministère de l’Intérieur quant à l’existence des partis qui la représentent, risque de sortir encore perdante du jeu. A moins que d’ici là, les cartes se redistribuent.



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