En vérité : Enième soubresaut à l’école

Moïse DOSSOUMOU 31 juillet 2018

La tension est vive dans le sous-secteur de l’enseignement maternel et primaire. Après une période d’accalmie, les vieux démons sont de retour. Les enseignants et leur ministre ne parlent pas d’une même voix. Profitant d’une situation confuse, ils tirent chacun le drap de son côté. La pomme de discorde découle de la reprise de l’évaluation pédagogique des enseignants de la maternelle et du primaire. Au départ, lorsque cette idée a été émise, les instituteurs s’y sont opposés. Finalement, la fermeté de l’autorité aidant, ils se sont résolus dans un premier temps à se soumettre à l’évaluation. C’est ainsi que le samedi 16 juin dernier, sur toute l’étendue du territoire national, les enseignants se sont prêtés au jeu. A leur grand bonheur, les résultats ont été plutôt concluants. 97% de taux de réussite ont été enregistrés.
Dans l’entendement des enseignants, ce processus aurait dû s’arrêter là. Mais, patatras. Le ministre est revenu à la charge. Evoquant des irrégularités, l’autorité a décidé de la reprise des compositions. Il leur fallait à nouveau subir cette évaluation pédagogique qu’ils considèrent comme une humiliation. La date du 28 juillet a été retenue pour ce second test composé de trois matières à savoir les mathématiques, la compréhension de l’écrit et l’étude de cas en pédagogie appliquée. Très vite, les syndicats se sont insurgés contre ce procédé. Mais les autorités n’ont pas démordu. Ce bras-de-fer nullement réglé avant le jour J a conduit au durcissement des positions de part et d’autre. Il n’en fallait pas plus pour que les syndicats appellent au boycott. De son côté, le ministre rassurait les enseignants du bien-fondé de cette évaluation qui s’annonçait déterminante dans la suite de leur carrière.
Samedi dernier, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, le constat n’était guère reluisant. Massivement présents sur les lieux de composition, les enseignants ont préféré organiser des sit-in au lieu de se confronter aux épreuves. Seuls quelques-uns, par peur des représailles, se sont prêtés à cet exercice. La plupart ont préféré suivre le mot d’ordre de boycott lancé par les différents syndicats. Quelle suite sera donnée à ce mouvement de défiance ? N’aurait-il pas mieux valu aplanir les divergences avant de décider d’une seconde évaluation ? Pourquoi la voie du dialogue n’a-t-elle pas été privilégiée avec insistance par les deux parties ? Au point où elles en sont, les deux parties sont visiblement prêtes à en découdre l’une avec l’autre, alors qu’il leur faut conjuguer les efforts pour le salut de l’école béninoise. Au-delà de tout, ce qui doit préoccuper Salimane Karimou et les enseignants, c’est la restauration du système éducatif.
Cette évaluation objet de polémique s’insère dans un plan conçu pour rendre plus efficientes les performances des écoles maternelles et primaires à partir de la rentrée scolaire 2018-2019. Outre l’évaluation pédagogique des instituteurs qui fait monter l’adrénaline, il y a la phase de l’enquête qui vise à collecter des informations de divers ordres sur toutes les écoles maternelles et primaires que compte le Bénin. Cette étude vise à contribuer à la mise en place d’une base de données qui permettra de mieux planifier les besoins afin de mieux les satisfaire. Cette approche va de pair avec le procédé de l’évaluation dont l’objectif est de jauger le niveau des enseignants en vue du renforcement des capacités. Mais la manière et les méthodes employées ne sont pas du goût des éducateurs. Si aucun des deux camps ne révise sa position, on va tout droit vers une situation de pourrissement qui fera davantage de torts à l’école béninoise. Le Certificat d’études primaires, édition 2018, vient de livrer son verdict. Enseignants et autorités devraient en tirer des leçons pour de meilleures performances au lieu de se livrer une guerre qui peut être évitée.



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