En vérité : Funestes regrets de Yayi !

Angelo DOSSOUMOU 28 mai 2018

Insuffisances de son régime dit du changement et de la refondation et mauvaise gouvernance reconnues. A la touche, l’ancien président Boni Yayi bouge, et devant ses fidèles, confesse ses péchés. Devant sa conscience, il assume la pleine responsabilité d’un pays qui est passé à côté de l’émergence et des scandales à gogo. Dix ans de présidence à regarder faire les prévaricateurs et de simagrées dans la lutte contre la corruption. Le tableau est lugubre et naturellement, Yayi, peintre d’une copie bâclée de la prospérité partagée, présente ses profonds regrets au peuple.
Trop facile. D’ailleurs, le contribuable, depuis l’aveu de Yayi, ne peut que maudire un inutile mea culpa. A part les amnésiques, les Béninois se rappellent encore l’alerte du président Mathurin Nago avant le scandale du siège de l’Assemblée nationale. Et si l’erreur est humaine, il n’y a que ceux qui agissent sciemment qui feignent d’oublier que persévérer dans l’erreur est diabolique.
La preuve, tous les scandales n’étaient pas en début du mandat. Plus grave, à l’actif des dix ans d’un yayisme assumé, il y a ces trous béants, laissés dans les caisses de l’Etat du fait des dossiers Cen-Sad, Segub, coton gate…Et comme la corruption a horreur de l’apathie de ses potentiels bourreaux, ses petits ruisseaux sont malheureusement, en dix ans, devenus de grandes rivières remplies de dangereux crocodiles.
Alors, regrets pour regrets et assurément peu sincères, pour un Bénin qui avance, c’est une parodie à combattre. Sinon, être président finira tout simplement pas être une banalité. Car, si Yayi a été élu en 2006, c’est pour que ça change. S’il a été réélu en 2011, c’est forcément parce que le peuple a cru à sa capacité d’amorcer la refondation du Bénin. Et si pendant dix ans, il n’a pas pu mettre fin à la mauvaise gouvernance, qu’il ne vienne pas nous dire aujourd’hui qu’il regrette mais plutôt qu’il réponde de ses actes. C’est ça une responsabilité à défaut d’avoir été un grand homme d’Etat.
Autrement, à la fin de son mandat, et dès qu’il sera à la touche, Patrice Talon pourra aussi tout bonnement venir nous dire : « je présente mes profonds regrets au peuple pour une gouvernance qui a saccagé le pays ». Vraiment, je ne crois pas qu’il puisse avoir un Béninois sérieux, qui accepte qu’au sommet de l’Etat, la légèreté dans la gestion des affaires publiques et l’impunité, malgré les nombreux scandales, s’érigent en règle.
En définitive, plus tôt les prévaricateurs répondront de leurs actes, mieux ça vaudra. Admettons même qu’une faute reconnue est à moitié pardonnée. Mais dix ans de non-assistance au contribuable spolié, méritent des explications devant qui de droit et non des regrets. Déjà, cette semaine, ces indispensables explications pour qu’éclate la vérité et que les responsabilités soient situées, notamment dans le dossier coton, certains de ses lieutenants devront les donner.
D’où, puisqu’il confesse lui-même ses péchés, Yayi gagnerait davantage à se tenir prêt. A la vérité, par des thuriféraires de son régime épinglés, il est bien possible qu’il soit cité. Nous autres, des regrets juste par ‘‘décret’’, on n’en veut point !



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