En vérité : L’appel de Gabriel Ajavon

Moïse DOSSOUMOU 17 septembre 2018

Ses opinions politiques sont aux antipodes de celles de son frère aîné. Inconnu au bataillon politique, Gabriel Laurex Ajavon s’est révélé à l’opinion lors de la présidentielle de mars 2016. Prenant au dépourvu les Béninois, il s’est présenté comme candidat à la magistrature suprême au même titre qu’un certain Sébastien Germain Ajavon dont la notoriété dépasse les frontières nationales. « Jamais deux sans trois », enseigne l’adage. Il fallait ce cas de figure pour que cette assertion soit vérifiée dans le contexte politique national. Après les frères Houngbédji et Soglo, c’était au tour des frères Ajavon d’étaler leurs divergences sur la place publique. Mais, comme une évidence, cette expérience politique s’est soldée par un cuisant échec pour Gabriel Ajavon. Il devait logiquement revoir ses ambitions à la baisse. S’il a semblé ranger les armes pendant un temps, c’était pour mieux rebondir. Hier dimanche, il est revenu à la charge.
Le vice-président du parti « La flamme renouvelée » a choisi la veille de la rentrée scolaire pour effectuer sa rentrée politique. Sur une radio de la place, l’ancien candidat à la présidentielle a déversé sa bile sur le personnel politique béninois. Droit dans ses bottes, l’homme n’a pas usé de la langue de bois pour cracher ses quatre vérités à qui veut l’entendre. Rien qu’à l’écouter, les auditeurs ont pu se rendre compte qu’il n’est pas prêt à nourrir les mêmes opinions politiques que le magnat de la volaille avec qui il partage néanmoins des liens de sang. Contrairement à Gabriel, Sébastien a tutoyé l’exploit lors des joutes électorales de 2016. Il était, en effet, à un cheveu du second tour. Mais ça, c’est déjà de l’histoire ancienne. Pour en revenir à Gabriel, il a saisi l’occasion du plateau médiatique à lui offert, pour exprimer son indignation face à avec certaines pratiques purement politiciennes. Pour lui, l’opposition à un régime n’est pas et ne devrait pas être ce à quoi elle s’apparente.
D’emblée, il martèle qu’aucune œuvre humaine n’étant parfaite, il ne saurait y avoir une unanimité autour des actions d’un gouvernement. Ce qu’il dénonce, c’est le fait que les contempteurs du régime de Patrice Talon peignent systématiquement en noir les actions de l’Exécutif. « Je veux que ceux qui se disent de l’opposition … fassent la part des choses. Qu’ils disent ce qui est bon dans la gouvernance du président Talon et également ce qui est mauvais. Et qu’ils fassent des propositions par rapport à ce qu’ils croient mauvais ». L’appel au sens du discernement en dépit des colorations politiques est le vœu nourri par Gabriel Ajavon qui se désole de l’attitude des animateurs de la vie politique nationale qui ne se réclament pas de la mouvance présidentielle. En d’autres termes, il souhaite que l’opposition mette ses interventions et actions sous le sceau de l’objectivité.
Venant de lui, cette prise de position appelle à réfléchir. A sa manière, il montre la voie au personnel politique qui, aveuglé par ses intérêts, ne prend pas toujours le temps de la réflexion avant de se prononcer. Ce que Gabriel Ajavon attend des hommes politiques, ce sont des critiques mais aussi des propositions. Les unes ne doivent pas prévaloir sur les autres. Voilà ce qu’on est en droit d’attendre des acteurs politiques. Chez nous, la règle du « ôte toi que je m’y mette » prime sur tout. Plutôt que de peindre le tableau en noir, les acteurs politiques pourraient contribuer à l’amélioration de la gestion de la chose publique en indiquant la voie à suivre aux gouvernants. Une opposition sérieuse et crédible agit de la sorte. C’est heureux que sous le régime de Patrice Talon, l’opposition, bien qu’elle soit minoritaire, donne de la voix et assume ses choix. Mais, elle gagnerait à élever le débat.





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