En vérité : L’appel du prélat

Moïse DOSSOUMOU 9 avril 2019

Cette voix manquait à l’appel. Elle a fini par se faire entendre. Claire et limpide. Depuis que se pose avec acuité le débat du maintien de la paix et de la stabilité suite aux remous constatés du fait des législatives non inclusives devant se tenir à la fin de ce mois, les déclarations vont dans tous les sens. Sous l’effet de la passion, les acteurs politiques défendent leur posture en tirant chacun le drap de son côté. Plus la date de ce scrutin approche, plus les positions se radicalisent. Le calme apparent qui règne pourrait annoncer des jours tumultueux à moins que la promotion de la paix devienne le maître mot. A l’image de ses prédécesseurs, Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou n’est pas resté indifférent à la situation qui prévaut actuellement dans le pays. Devant rester impartial parce que homme d’Eglise, le prélat a servi à la nation un discours rassembleur.
Coïncidence pour coïncidence. C’est le samedi 6 avril 2019, date anniversaire de l’accession de Patrice Talon au pouvoir, que l’évêque s’est invité dans le débat public. Profitant de la célébration de l’Eucharistie entrant dans le cadre de la Journée diocésaine pour la réconciliation qui se tenait sur la paroisse Sainte Thérèse de l’enfant Jésus de Godomey, Mgr Roger Houngbédji a jugé utile de ramener les uns et les autres à l’essentiel. « Dans la situation sociopolitique délicate que traverse actuellement notre pays, je voudrais inviter instamment les différents acteurs et partis politiques à ne pas se braquer sur leurs intérêts personnels et partisans au détriment des intérêts de la nation ». Que peut-on attendre de mieux d’un acteur religieux de premier plan si ce n’est une invite au dialogue et à la paix ? En cette période sensible et délicate, ce message vaut son pesant d’or.
Pour le prélat, personne n’a raison, personne n’a tort. Il faut faire en sorte que la cohésion nationale soit maintenue envers et contre tout. Quand il s’agit du pays, aucun sacrifice n’est trop grand. En temps normal, même lorsqu’elles sont ouvertes, les élections sont toujours source de conflits et de récriminations. C’est pour cela que les appels à la paix, à la retenue et à la non violence sont lancés à ces occasions. Les tiraillements que suscitent les législatives de 2019 voulues inclusives laissent plus d’un perplexes. A dessein, l’évêque donne le ton du comportement responsable et patriotique attendu des acteurs politiques. « L’amour vrai du peuple, gage de notre Fraternité-Justice-Travail exige que nous puissions nous engager sur la voie des compromis pour construire notre cohésion nationale. Le fait de vouloir camper coûte que coûte sur nos positions n’aide nullement à construire la communion fraternelle ».
Cette exhortation qui intervient en ce temps de carême et de privation pour la communauté catholique est celle de tout citoyen épris de paix et de justice. Pour l’instant, ce discours est celui d’un seul prélat. C’est nul doute un prélude à un imminent appel de la Conférence épiscopale. Ce serait curieux que la Conférence épiscopale du Bénin laisse passer une telle occasion sans se prononcer publiquement sur cette situation inédite depuis 1991. Autant les partisans du pouvoir qui se la coulent douce que ceux de l’opposition dont la frustration est au bord de l’explosion doivent s’imprégner de ce message de sagesse. Il n’est jamais tard pour colmater les brèches. A vouloir trop tirer sur la corde, elle finit par se casser et tout le monde devient perdant. La prévention est toujours meilleure à la guérison.





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