En vérité : L’arnaque à plein nez

Moïse DOSSOUMOU 20 septembre 2018

L’immense et l’immortel Nelson Mandela ne croyait pas si bien dire. « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Le rôle joué par l’Ecole est si déterminant dans les Etats que les gouvernements n’hésitent pas à investir des sommes folles pour la formation des citoyens. Prérogative de puissance publique, l’instruction fait partie intégrante des cinq besoins fondamentaux de l’homme. Si dans les pays riches, des mécanismes ont été mis en place depuis des lustres pour que tous les enfants, sauf rares exceptions, aillent systématiquement à l’école, dans les pays du Sud, les disparités constatées entre scolarisés et non scolarisés s’estompent progressivement. Malgré l’insuffisance de ses moyens, le Bénin a fait l’effort de rendre accessible aux ménages les plus pauvres l’inscription des enfants au primaire et dans une moindre mesure aux secondaires. De fait, l’école publique enregistre des effectifs qui crèvent le plafond. Ce qui n’est pas toujours du goût des classes moyennes.
Le laxisme, le faible encadrement, les conditions de travail éprouvantes, les résultats souvent en deçà des attentes enregistrés dans les écoles et lycées du secteur public incitent une bonne frange de la population à recourir à l’enseignement privé. Pour s’aventurer dans ce sens, il faut avoir, dans des proportions raisonnables, les reins solides. De plus en plus, d’année en année, l’argent prime sur l’inscription des apprenants dans les écoles, collèges et lycées privés. Qu’ils soient confessionnels ou laïcs, ces établissements donnent malencontreusement la désagréable impression de ne jurer que par l’argent. Tout, absolument tout s’échange contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Tenez ! Dans bien de cas, il y a la phase préliminaire qui consiste à faire passer un test de sélection pour recruter de nouveaux apprenants. A ce niveau, les parents déboursent une première fois. Généralement, ce supposé tamis ne recale que des cas désespérés, sinon, il ne constitue en réalité qu’une formalité.
Les phases les plus essentielles où les poches des parents d’élèves sont vidées jusqu’au dernier centime commencent par les frais d’inscription, d’assurance, de cantine pour la récréation, d’uniformes, de macaron, de tenues de sport, de fournitures. Dans l’hypothèse où le parent décide de renouveler sa confiance à un établissement, il lui faut débourser une somme importante pour la réinscription. Les combines liées aux fascicules, aux photocopies, aux travaux dirigés, aux sorties pédagogiques font pleuvoir des charges financières sur la tête des géniteurs dont le tort est de vouloir le meilleur pour leurs progénitures. Le nœud gordien de cette arnaque qui ne dit pas son nom est la foire animée de maître par les enseignants qui se transforment en répétiteurs de maison à leurs heures perdues. Sous le prétexte de renforcer le niveau ou de combler les lacunes de leurs cibles, ils font les yeux doux aux pauvres parents qui, bien qu’essoufflés, se saignent davantage en faisant recours à leurs supposées expertises.
Toutes les matières y passent. Peut-être que dans un futur proche, à bout d’inspiration, les enseignants d’éducation physique et sportive offriront leurs services pour des cours de maison. Censés suppléer aux insuffisances du secteur public, les cours publics, bien qu’ils tiennent dans une large mesure la dragée haute, se sont transformés en de véritables machines à sous. Les résultats constants et exceptionnels enregistrés dans ces établissements ne sauraient justifier la forte propension à l’arnaque. L’Etat qui délivre des autorisations d’ouverture à ces établissements doit veiller au grain afin de réglementer ce secteur. Il urge d’arrêter cette surenchère malsaine. Il est vrai qu’une éducation de qualité requiert des moyens. Dans le même temps, l’école et le commerce ne font pas bon ménage.



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