En vérité : L’énigme Koupaki

Moïse DOSSOUMOU 8 août 2018

Il est enfin sorti de sa torpeur. Lui qui se terre dans son bureau au palais de la République depuis de longs mois, a fait une apparition publique remarquable. Naguère, du fait des hautes fonctions qui étaient les siennes, il a fait l’objet pendant plusieurs années d’une surexposition médiatique. Du jour au lendemain, descendu de son piédestal, il s’est quelque peu éclipsé. Revenu à la charge à la faveur de la présidentielle de mars 2016, l’opinion l’a revu, installé aux premières loges dans les bonnes grâces du régime actuel. Mais subitement, il a opté pour le mode « silence ». Pascal Irenée Koupaki, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fait l’option de se faire oublier par ses compatriotes. Echaudé par les propos de « Maman Yannick » à Allada le 12 juin 2017, alors qu’il était en pleine séance de vulgarisation du Programme d’actions du gouvernement, il donnait l’impression de craindre désormais l’eau froide.
Baptisé du titre peu flatteur de « ministre de la lecture », en référence à l’exercice du compte-rendu des séances du Conseil des ministres qu’il accomplissait avec dévouement, ce cadre émérite de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a fini par se donner du répit. Il a si bien réussi à se cloîtrer que sa silhouette fine et élégante ne se laissait plus apercevoir. Mais à la faveur d’un concours de circonstances, il s’est à nouveau prêté aux viseurs des caméras. A la faveur des congés gouvernementaux, le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République est enfin sorti de sa réserve. La 5ème édition des journées béninoises de l’évaluation a été lancée sous sa présidence le lundi dernier. Alors qu’il occupait sous le précédent régime, le poste de premier ministre, il avait à charge ce volet très technique de l’action publique. C’est donc avec une grande aisance qu’il a procédé à l’ouverture des travaux.
Cette réapparition publique longtemps attendue relance le débat de la posture politique qui sera la sienne dans les prochaines années. Pascal Irenée Koupaki fait à nouveau parler de lui au moment où tous les soutiens du chef de l’Etat accélèrent le pas pour se trouver un point d’ancrage. En effet, avec la réforme annoncée du système partisan, les micros partis ne pourront plus faire le bonheur des acteurs politiques. Il leur faut, jusqu’à nouvel ordre, s’insérer dans l’un des grands blocs en construction pour se garantir un avenir dans le milieu politique. Le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, ne saurait rester indifférent à cette actualité. Dans un passé récent, après avoir prêté main forte au régime précédent en qualité de ministre de la République, sept années durant, Pascal Irenée Koupaki a nourri l’ambition de diriger le Bénin.
Nullement complexé par sa brève expérience de chef de parti, il s’est présenté comme le mécanicien en chef devant remettre sur la route le véhicule Bénin en très mauvais état. Mais il n’a pas réussi à convaincre ses compatriotes de lui accorder leurs suffrages en nombre suffisant. Mais comme Boni Yayi, Patrice Talon, élu à la tête de l’Etat, lui a fait de nouveau appel pour servir la République. Pascal Irenée Koupaki a –t-il déjà enterré ses ambitions politiques ? Ou au contraire, souhaite-t-il rebondir au devant de la scène en s’affirmant comme un leader politique aguerri et averti ? Le mutisme observé par l’homme ne permet pas d’obtenir des réponses à ces interrogations. Koupaki s’est révélé comme l’homme des dossiers techniques et brûlants. Bien qu’exerçant encore une charge officielle, son retrait de la vie publique laisse perplexe. S’il n’a pas jugé utile de démissionner, c’est qu’il se met encore en position de service. De deux choses l’une, soit il s’est laissé griller, soit il se prépare à renaître de ses cendres.



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