En vérité : L’évaluation de toutes les polémiques

Moïse DOSSOUMOU 26 août 2019

Ce dossier fait grand bruit. L’évaluation diagnostique des enseignants, notamment ceux recrutés en 2008 au titre d’agents contractuels de l’Etat, suscite moult résistances et des grincements de dents. Depuis que cette affaire est agitée, les concernés ne veulent pas en entendre parler. De son côté, le gouvernement, initiateur du processus, refuse d’abdiquer. Comme un buffle, contre vents et marées, il fonce droit vers son objectif. Les messages d’apaisement des ministres en charge du secteur de l’éducation et de diverses autorités n’ont pas réussi à convaincre les enseignants. Ces derniers estiment à tort ou à raison qu’il s’agit d’une manœuvre pour réduire leur effectif afin de pousser le reste, ceux jugés peu aptes à cette fonction, au chômage et au sous-emploi. « Non », rétorquent les pouvoirs publics qui ont pensé à une politique de réaffectation dans d’autres secteurs d’activités. Les syndicats s’y sont mêlés appelant pour la plupart à un assouplissement de la position de ces enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire.
18 047 étaient attendus pour le test de niveau. En définitive, l’évaluation prévue pour le samedi 24 août dernier s’est déroulée, avec des fortunes diverses, sur toute l’étendue du territoire national.
A première vue, dans la partie méridionale et le centre du pays, les enseignants se sont prêtés à l’exercice. Par contre, dans les Collines et le Septentrion, l’engouement n’était pas au top niveau. Loin de faire l’unanimité, cette décision gouvernementale fait bien de mécontents. Il faut néanmoins reconnaître qu’elle vise la promotion de l’excellence. Les éducateurs dont le niveau académique laisse à désirer et qui déteignent malheureusement sur les enfants seront appelés à d’autres tâches dans la République. Ainsi, les meilleurs seront maintenus dans les écoles. Le gap sera comblé par des enseignants formés, recensés et disponibles pour servir. En somme, cette mesure a tout l’air d’être bien pensée, car elle permet de mettre les apprenants au contact de vrais pédagogues.
De toutes les manières, l’Exécutif a le droit et même le devoir d’œuvrer pour que tout marche comme sur des roulettes dans le secteur de l’éducation, puisque c’est la base même du développement. Mais encore, faudrait-il faire les bons diagnostics et surtout poser les bonnes actions. Il ne sert à rien d’avoir de bonnes intentions s’il n’en résulte que des conséquences fâcheuses. Dans le même temps, il aurait fallu qu’après le recrutement opéré un peu à la va-vite en 2008, le gouvernement d’alors se préoccupe de la performance des enseignants concernés par la formation continue et prenne les décisions en cas de défaillances persistantes. Recruter un enseignant, c’est bien. S’assurer qu’il est apte à faire son travail comme cela se doit est encore mieux. L’Etat étant une continuité, les dirigeants actuels ont voulu faire les choses à leur manière. Ils ont le mérite de s’attaquer à un problème sérieux qui ronge de l’intérieur le système éducatif.
Les tares de l’Ecole béninoise incombent-elles en grande partie aux enseignants, aux apprenants, aux programmes d’enseignement ou aux parents ? Tout compte fait, Salimane Karimou, ministre des enseignements maternel et primaire et Mahougnon Kakpo, son collègue en charge de l’enseignement secondaire sont convaincus d’être sur la bonne voie. Ils sont d’ailleurs soutenus par le gouvernement et son chef. Puisqu’ils ont promis ne reculer devant rien, au bout du rouleau, selon les résultats obtenus en termes d’impacts qualitatifs sur le système éducatif, l’opinion saura où se situe la vérité. Pour l’heure, les quelques milliers d’enseignants qui ont opté pour le boycott courent le risque d’être radiés. Ils auraient pu faire le choix de composer, bien qu’étant en désaccord avec le gouvernement. Ce dernier a promis qu’aucun d’entre eux ne sera licencié car les enseignants défaillants continueront à servir l’Etat, mais dans d’autres secteurs d’activités. Il suffisait de prendre nos dirigeants au mot.





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