En vérité : L’évaluation en question

Moïse DOSSOUMOU 15 janvier 2019

« Je t’aime, moi non plus ». Ainsi se résument les relations entre les ministres en charge de l’enseignement et le corps enseignant. Salimane Karimou, ministre de l’enseignement maternel et primaire et son collègue Kakpo Mahougnon en charge de l’enseignement secondaire et de la formation technique et professionnel n’ont pas encore réussi à apaiser les craintes des enseignants. Ces derniers, opposés à leur évaluation telle que proposée par le gouvernement ne démordent pas. Il y a quelques mois, précisément en août 2018, les instituteurs étaient sur la sellette. A deux reprises, ils ont opposé une fin de non recevoir à cette composition dont ils ne maîtrisent pas ce qui pourrait en découler pour la suite de leur carrière. En dépit des messages d’apaisement du ministre, ils sont restés campés sur leur position. A présent, c’est le tour de leurs collègues de l’enseignement secondaire de s’illustrer sur la scène publique.
Eux aussi mûs par les mêmes motivations que leurs prédécesseurs ne voient pas d’un bon œil cette évaluation. Ils estiment que prêter flanc à ce procédé serait cautionner les licenciements massifs qui pourraient en découler. N’excluant pas l’éventualité que ceux d’entre eux qui n’auraient pas réussi à obtenir les moyennes exigées soient éconduits, les enseignants se sont braqués. Le samedi 12 janvier dernier, le boycott était manifeste. A une large majorité, ils ont refusé de se faire évaluer. Or, selon le gouvernement, ce test en trois étapes, à savoir la culture générale, la matière de spécialité et l’oral vise à jauger le niveau réel des enseignants en vue de le relever par des formations adéquates. Cet argument, bien que pertinent et partagé par tous, ne suffit pas à rassurer le monde enseignant qui craint que des manœuvres dolosives se cachent sous ces bonnes intentions affichées par le gouvernement.
L’implication du chef de l’Etat dans ce dossier, qui lors de son interview entrant dans le cadre de la célébration des 59 ans d’indépendance a expliqué le bien-fondé de cette réforme n’a pas eu l’effet escompté. Mieux, sa rencontre avec les responsables syndicaux le mois écoulé n’a pas conduit au dégel. Si en dépit de tout ceci, les enseignants continuent de prêter des intentions au gouvernement, c’est que dès le départ, la communication a été biaisée et mal orientée. D’où la difficulté des ministres à convaincre que les résultats de ces évaluations ne seront pas utilisés contre les enseignants. Ces derniers également devraient, au lieu de se braquer, montrer leur bonne foi en faisant des propositions sérieuses et objectives. Qu’ils ne se trompent surtout pas de rôle et de posture, car ils n’ont pas l’initiative de la décision. C’est parce que l’Ecole béninoise est malade que le gouvernement veut corriger le tir.
Les enseignants seront les premiers bénéficiaires de la bonne santé de l’Ecole béninoise. Raison pour laquelle ils sont appelés à changer de fusil d’épaule en mettant le doigt sur ce qui leur paraît peu pertinent dans les initiatives gouvernementales. Mais faire front comme c’est le cas depuis des mois pourrait s’assimiler à de la mauvaise foi. Le reversement opéré il y a une décennie, même s’il a contribué à résoudre un tant soit peu le problème du chômage, a aussi ses conséquences. Il est temps de les corriger, avec l’adhésion de tous. Bien que piqués au vif et blessés dans leur amour-propre, les deux ministres concernés devront revoir leur stratégie et poursuivre sans répit les concertations. Servir la République demande beaucoup de sacrifices et d’humilité. Ce qui gêne, c’est la méthode. Elle mérite d’être corrigée pour qu’enfin les choses bougent. Avis aux deux camps qui devraient être des partenaires et non des protagonistes.





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