En vérité : L’indécente proposition

Moïse DOSSOUMOU 19 mars 2019

Ils ont leur calendrier. Comme à leur habitude, ils l’exécutent comme ils l’entendent. Les acteurs politiques, notamment les députés de la 7ème législature, ne sont pas sur la même longueur d’ondes que leurs mandants. Alors qu’ils avaient convié l’opinion à prendre le rendez-vous de l’ouverture de la 4ème session extraordinaire de l’année 2019 ce lundi 18 mars à 10h, ce n’est qu’aux environs de 19h que le président de l’Assemblée fit son entrée dans la salle pour lancer les travaux. Avec 43 députés présents, le quorum a pu être atteint et la session ouverte. Seulement, ce cérémonial n’a duré que le temps d’un clignement de paupières. A peine entamée, la session a été repoussée à jeudi prochain, 21 mars 2019. La raison évoquée paraît simple, à la limite simpliste. La commission des lois n’a pas disposé du temps nécessaire pour s’imprégner des propositions de lois devant faire l’objet de débat et produire son rapport.
Du coup, la grande attente d’hier 18 mars s’est muée en grosse désillusion. Seules les personnes averties se sont gardées de nourrir un espoir quant à l’aboutissement de la crise pré-électorale en cours. Ce lundi, entre 10h et 19h, qu’est-ce qui a bien pu se passer dans les quatre murs de l’Assemblée nationale. Dans la matinée, la présence massive des élus du peuple sur leur lieu de travail annonçait l’imminence des travaux. Seulement, à l’heure convenue pour l’ouverture de la séance plénière, le groupe restreint de cinq députés présidé par Me Adrien Houngbédji en personne était encore au charbon. Aux côtés de la deuxième personnalité de l’Etat, Eric Houndété, Garba Yaya, Antoine Kolawolé Idji et Barthélémy Kassa ont mis beaucoup de temps à confronter leurs arguments respectifs avant de s’entendre sur des propositions consensuelles. Le résultat de ces réflexions sera versé incessamment à la commission des lois pour étude et avis avant que la plénière ne se prononce.
Dans le cadre de ce méli-mélo, il y a une proposition vicieuse et indécente qui semble prospérer. Un éventuel amendement de l’article 80 de la loi n°90-032 du 11 décembre 1990 portant constitution de la République du Bénin suffisamment évoqué ces derniers jours ne laisse pas indifférents les élus du peuple. Le but visé est de proroger le mandat actuel de la 7ème législature de 45 jours afin de sauver les meubles. Ce délai pourrait permettre de redistribuer les cartes, d’apaiser les esprits, bref de tout remettre à plat afin que les législatives de 2019 soient inclusives. Si une telle initiative en vient à prospérer, l’hypocrisie dont font montre les élus du peuple sera révélée au grand jour. Si à cause de leurs intérêts, ils sont aptes à opérer une révision même ponctuelle de la constitution, cela pose un problème éthique à leur niveau. Ce serait trahir la confiance du peuple que de toucher à la loi fondamentale juste pour une question de délai.
A plusieurs reprises, l’Assemblée nationale s’est opposée à une révision dite opportuniste de la constitution. Elle ne saurait se dédire maintenant. Le mieux à faire est de passer à une loi dérogatoire pour colmater les brèches afin que le processus électoral se poursuive en toute sérénité. Il est vrai qu’un amendement de l’article 80 de la constitution est une solution parmi tant d’autres. Mais elle n’est pas la plus indiquée. Le génie béninois peut se passer de cette voie peu glorieuse pour régler les problèmes du moment. Sur la base du consensus, les élus du peuple peuvent consentir à revisiter certaines dispositions des lois objet de tant de difficultés. Ils se jetteraient en pâture à l’opinion s’ils se permettent le luxe de toucher à la constitution, rien que pour satisfaire leurs intérêts personnels. La solution se trouve dans les lois ordinaires. C’est là qu’il faut apporter les corrections nécessaires.





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