En vérité : La colère de Agbénonci

Moïse DOSSOUMOU 18 novembre 2019

« Il y a des comportements qui ne sont pas acceptables et nous avons tenu à le dire de la manière la plus ferme. Nous sommes des peuples frères, mais il y a des limites qu’il ne faut pas dépasser ». Ces propos, tenus samedi dernier par le patron de la diplomatie béninoise, sont illustratifs de la position du gouvernement sur les récents événements qui ont perturbé la quiétude des populations établies à proximité des zones frontalières de Pobè, Igolo et Adja-Ouèrè. Le ton ferme et assuré à l’actif de Aurélien Agbénonci tranche avec la déférence dont a souvent fait montre le Bénin vis-à-vis du Nigéria. Il faut croire que les choses ont changé. Que s’est-il donc passé pour que Porto-Novo décide de monter au créneau afin de hausser le ton sur Abuja ? Le jeudi novembre dernier, les populations des communes de Pobè, Igolo et Adja-Ouère ont assisté à une scène peu ordinaire.
Des individus dont le signalement répond à celui des éléments des forces de défense et de sécurité nigérianes ont fait irruption sur le territoire béninois à un jet de pierre des frontières qui séparent les deux pays. Leurs cibles, les magasins de stockage de riz tenus par des Béninois. Après avoir forcé les serrures, ils sont repartis avec des sacs de riz, des téléphones portables et d’autres objets. Au cours de l’opération qui n’a duré que quelques minutes, les populations, incrédules et apeurées, tenues en respect par des armes, ont subi l’agression. Il a fallu 48h pour que la réaction officielle du gouvernement soit livrée à l’opinion. Comment se fait-il que des groupes d’individus armés aient réussi à traverser simultanément nos frontières dans trois différentes localités sans être stoppés dans leur élan ? Où sont passés les éléments de la police républicaine et ceux de l’armée postés au niveau des frontières et dans leur environnement immédiat ?
Le territoire béninois est-il si peu sécurisé pour que des atteintes du genre aient lieu en toute impunité ? Il faut espérer que, côté béninois, les responsabilités soient situées et que les failles soient corrigées dans les meilleurs délais. « Nous sommes dans une dynamique de dialogue avec le Nigéria. Nous sortons d’une réunion tripartite qui a eu lieu à Abuja le 14 novembre dernier, où nous avons trouvé une voie de sortie pour que les questions liées à la fermeture de la frontière, à la lutte contre les fraudes puissent être réglées de la manière la plus conforme aux traités de la Cedeao et aux traités internationaux… ». Aurélien Agbénonci a la dent dure contre le Nigéria et l’a fait savoir à son représentant, expressément convoqué à son cabinet. Dans la foulée, un courrier officiel de protestation en provenance du Bénin sera incessamment reçu et traité à Abuja.
Emmanuel Kayodé Oguntuasé, ambassadeur Nigéria près le Bénin qui aura passé des moments inconfortables avec le chef de la diplomatie béninoise ne fait pas grand cas de cet incident. Tout en condamnant les actes en question, il s’est borné à répliquer que les résultats des enquêtes en cours permettront de punir les coupables. Ni plus, ni moins. a travers ce comportement, on peut comprendre que le Nigéria ne s’embarrasse pas des états d’âme du Bénin. La diplomatie, c’est une question de rapport de forces. On peut être faible et vaincre le fort. Tout réside dans la stratégie et l’usage fait du peu de moyens disponibles. Ce n’est pas pour rien que David a vaincu Goliath. Certes, le Bénin fait bien de protester et de fixer des limites. Le plus simple aurait été de s’assurer que ses frontières sont bien gardées. Si tel était le cas, les incidents incriminés ne se seraient jamais produits. C’est le moment de mettre les garde-fous nécessaires à nos frontières. « A quelque chose, malheur est bon ».





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