En vérité : La fin d’une époque

Moïse DOSSOUMOU 21 février 2019

Le ciel leur est tombé sur la tête. Du jour au lendemain, ils sont descendus de leur piédestal. Pions essentiels au sein de l’Exécutif, aussi bien au niveau central que départemental, ils font aujourd’hui les frais de leur légèreté dans l’exécution de leurs cahiers de charges respectifs. Barnabé Dassigli et Modeste Toboula ont été limogés. Tous les deux trempés dans un même dossier sont tombés en disgrâce aux yeux du chef de l’Etat. Ne voulant en aucun cas couvrir leurs forfaits, Patrice Talon n’a pas hésité un seul instant à leur retirer sa confiance. Les désormais ex ministre de la décentralisation et ex préfet du Littoral ont du souci à se faire. Passé l’étape de la sanction administrative, ils seront appelés à répondre des faits à eux reprochés devant les juridictions. Pour Modeste Toboula, les choses sont allées très vite. C’est depuis la sous-direction des affaires économiques de la direction centrale de la police judiciaire où il est placé en garde à vue qu’il a appris la nouvelle de son limogeage.
Ainsi, l’ex autorité préfectorale du Littoral qui a fait voir de toutes les couleurs aux populations de son ressort territorial, est face à son destin. Des affaires pendantes à sa charge, il en répondra devant le procureur qui décidera de la suite à réserver à la procédure. Cette double sanction qui le frappe de plein fouet le met face à ses responsabilités lorsqu’il était aux affaires. Ironie du sort, Modeste Toboula est tombé le même jour avec son supérieur hiérarchique. Barnabé Dassigli qui a été relevé de ses fonctions en Conseil des ministres a lui aussi des comptes à rendre à la justice. Mais étant ministre de la République au moment des faits, c’est une procédure spéciale qui sera ouverte à son encontre. Comme ce fut le cas pour d’autres ministres sur qui pesaient des soupçons d’actes délictueux, la Représentation nationale sera amenée à autoriser ou non sa poursuite.
Qu’est-ce qui est donc reproché à ces deux hommes forts du régime ? Le compte-rendu du Conseil des ministres d’hier mercredi 20 février livre les réponses. Le décret n°2005-684 du 3 novembre 2005 a classé le domaine de l’Etat sis à Fiyégnon 1 dans le 12ème arrondissement de Cotonou comme une zone à vocation touristique exclusive de la pêche. En dépit de cette mesure, des spéculations de toutes sortes ont été conclues sur ce domaine jusqu’en 2018 et 2019 en violation de la loi. Alerté en novembre 2017 par le directeur général de l’agence nationale de la promotion et du développement du tourisme, l’ex ministre de la décentralisation a dans un premier temps rassuré son interlocuteur. Mais dès le mois de mars 2018, il a ordonné la reprise des travaux de remembrement dans la localité et a instruit le préfet du Littoral « aux fins de procéder à la levée de la mesure de suspension antérieurement prescrite ».
Par un arrêté, l’ex préfet du Littoral a permis l’attribution de « plusieurs parcelles à diverses personnes ; lui-même ayant bénéficié de trois, d’une superficie totale de 533m2, enregistrées au nom d’un proche parent ». Le pot-aux-roses ayant été découvert, le chef de l’Etat a déchargé ses deux collaborateurs impliqués dans l’affaire. Mieux, des instructions ont été données au ministre de la justice pour poursuivre les investigations. C’est dire que ce dossier qui n’a pas encore livré tous ses secrets promet en rebondissements. Pour l’heure, Patrice Talon démontre une fois encore que l’impunité ne sera pas de mise sous sa présidence. Le tout ne suffit pas de démettre un collaborateur empêtré dans une affaire de ses fonctions. Il faut aussi laisser la justice faire son office. L’absence de cette double sanction a fait longtemps le lit de l’impunité. Ce temps est révolu. Modeste Toboula le sait mieux que quiconque.



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