En vérité : La foire de la présidentielle

Moïse DOSSOUMOU 17 août 2020

La foire de la présidentielle est lancée. Comme si le signal avait été donné par un personnage invisible, des initiatives ont commencé par fuser de toutes parts. Aux premières loges, on retrouve des mouvements de jeunes et de femmes. Comme s’ils s’étaient passé le mot, ils suscitent les uns après les autres des candidatures. Pendant que les probables candidats n’ont pas encore clairement affiché leurs intentions, ils se sont dénichés des soutiens et pas des moindres. Chaque semaine qui passe voit défiler son lot de regroupements qui use de tous les arguments possibles afin de décider l’objet de leur obsession à accéder à leur requête. Au-delà des mots, d’autres ont ajouté la posture physique en vue d’impacter la cible. C’est ainsi que dans les Collines, un creuset de jeunes a rompu avec la monotonie observée jusque-là. En suppliant leur idole à genou en vue de sa candidature, les responsables veulent ainsi faire feu de tout bois pour avoir gain de cause.
Mieux, les traditions ancestrales sont mises à contribution. L’art divinatoire le plus répandu, la science du Fâ, n’échappe pas aux stratégies des uns et des autres. Selon les bords politiques, chacun y fait recours en lui donnant l’orientation voulue. Si les langues s’accordent pour certifier que le Fâ ne ment pas, elles reconnaissent par contre que le porteur du message peut manipuler les révélations des cauris à sa guise. C’est ce qui justifie sans doute l’avalanche d’interprétations des signes qui a cours actuellement. Avant même que les partis politiques qui sont les plus habilités à se prononcer sur la question engagent les grandes manœuvres, ce sont des clubs ad hoc, sortis de nulle part qui s’invitent dans le débat au point de s’arroger les premières places. « La nature a horreur du vide », enseigne l’adage. Il se justifie largement dans le cas d’espèce. Très souvent, un nom revient sur les lèvres.
Patrice Talon doit se sentir grisé d’être autant sollicité. Apre défenseur du mandat unique dans un passé récent, ses affidés rivalisent d’ingéniosité pour l’amener à revenir sur sa parole. Les mouvements de soutien de jeunes et de femmes qui réclament sa candidature en vue d’un second mandat poussent comme des champignons. Du jour au lendemain, ils sont sortis de l’anonymat pour exprimer leur admiration au chef de l’Etat. Ce procédé n’est pas nouveau. Depuis quelques années déjà, il fait recette au Bénin. Il s’apparente beaucoup plus à des machinations politiques qu’à un éveil spontané des populations. Mais Patrice Talon n’est pas, fort heureusement, le seul dont la candidature est suscitée. Un autre présidentiable, Joël Aïvo dont les faits et gestes ne laissent aucun doute quant à son intérêt pour l’exercice de la fonction suprême, a également ses fans clubs. Leur discours tranche avec les appels du camp de la majorité présidentielle.
Pourquoi une fois de plus à l’approche de la présidentielle, les partis sont-ils devenus si aphones ? La réforme du système partisan est censée les placer sur un piédestal. A priori, ils devraient être les seuls maîtres du jeu. Qu’est-ce qui n’a pas marché pour qu’ils soient supplantés sur la scène publique ? Même s’ils auront leur mot à dire pour l’aboutissement du processus, pourquoi ne prennent-ils pas les devants de ce déferlement de soutiens observé de part et d’autre ? En réalité, il sied de constater que l’élection du président de la République est beaucoup plus un rendez-vous entre un Homme et le peuple qu’il aspire à diriger. Ce scrutin est secondairement voire subsidiairement une affaire de partis. Sinon, comment comprendre que malgré les bouleversements notés au plan politique ces dernières années, cela n’ait pas eu d’impact sur la foire des clubs de soutien ? A tout point de vue, cette réalité s’impose comme faisant partie des limites du système partisan.





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