En vérité : La galère du masque

Moïse DOSSOUMOU 9 avril 2020

Il est tellement minuscule qu’il est invisible à l’œil nu. 125 nanomètres de diamètre, voilà à quoi se résume la taille du coronavirus qui malmène impitoyablement la santé humaine. Dès qu’il s’introduit dans l’organisme, l’inquiétude atteint son pic. Alors que les grandes puissances, atteintes en plein cœur se débattent non sans peine pour se tirer d’affaire, les pays les plus pauvres ont du mal à faire face à cette pandémie qui a mis en berne en un laps de temps l’activité économique au plan mondial. Au Bénin, le gouvernement avec la stratégie adoptée et les moyens dont il dispose, fait de son mieux. Hélas, le mal gagne du terrain. En l’espace d’une semaine, le nombre de cas a triplé. Du coup, le stress dicte sa loi chez la plupart de nos compatriotes. Les plus sages, par souci de précaution, se terrent chez eux dans l’espoir que cette malheureuse parenthèse sera fermée au plus tôt.
Le Bénin a évolué par gradation. Depuis trois semaines que l’existence de ce virus a été confirmée chez nous, les mesures vont crescendo. De l’auto-isolement des voyageurs, mesure inefficace du reste, puisque non respectée, les décideurs en sont venus à leur mise en quarantaine systématique au niveau de l’aéroport mais aussi de certaines frontières terrestres. A tout ceci, s’est ajoutée l’effectivité du service minimum dans plusieurs administrations. Pour enfoncer le clou, le gouvernement a décidé de l’établissement d’un cordon sanitaire qui prend en compte douze communes coupées du reste du pays. Les habitants des communes de Cotonou, Abomey-Calavi, Zè, Allada, Ouidah, Tori-Bossito, Sô-Ava, Aguégués, Sèmè-Podji, Porto-Novo, Akpro-Missérété et Adjarra font cette dure expérience depuis une dizaine de jours. Une série d’interdictions donnent du contenu à ce cordon dont celles liées aux lieux de culte, bars et lieux de plaisance ainsi que les transports en commun.
Depuis quelques heures, les populations confinées à l’intérieur de cet espace voient bousculer leurs habitudes. En effet, « après analyse des dernières tendances et dans le but de limiter au mieux l’évolution de la pandémie, le gouvernement a décidé de rendre obligatoire dans les douze communes du cordon sanitaire… et pour compter du mercredi 8 avril 2020 à 00h, le port du masque de protection en tous lieux, dans l’administration publique comme privée, dans les réunions, les rencontres, dans les marchés, les magasins, les boutiques, etc... quel que soit le nombre de personnes présentes ». Il faut souligner que « cette mesure préventive reste fortement conseillée, sur tout le territoire national, même dans les lieux privés, dès lors que l’on est en compagnie de quelqu’un d’autre ». Si dans les espaces privés, les pouvoirs publics ne peuvent contrôler ce qui s’y passe, ils ont par contre toute la latitude de faire des rappels à l’ordre voire de réprimer dès qu’on met le nez dehors, y compris au portail.
Dans les ruelles, les quartiers, les boutiques, les grandes artères, le contrôle sera rigoureux. Cela a commencé depuis quelques heures. De gré ou de force, il faudra s’y adapter. La question qui se pose après la prise de cette mesure est liée à la disponibilité en quantité du masque. La quantité offerte par la fondation Jack Ma (20 000 au total) sera épuisée en une journée. Plus de deux millions de personnes vivent à l’intérieur de ce cordon sanitaire. En dehors des pharmacies débordées par la demande, des stylistes, pour la plupart, proposent des masques en tissu. Malgré cela, l’offre est largement inférieure à la demande. Que fait le gouvernement pour rendre ce produit accessible et surtout à coût réduit ? N’assisterons-nous pas à des abus en cas de répression ? Malgré leur bonne volonté, plusieurs ménages ne peuvent pas s’offrir le luxe de disposer de ces masques. A moins qu’il leur soit permis d’en fabriquer eux-mêmes, avec les moyens de bord. Ce qui ne sera malheureusement pas sans conséquences sur leur santé.





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