En vérité : la guerre des clans

Moïse DOSSOUMOU 4 juin 2020

Le sang continue de couler. Abondamment. Rien n’arrête la furie des protagonistes. Ennemis jurés, ceux-ci, à travers leurs actes, refusent obstinément de fumer le calumet de la paix. Eleveurs et agriculteurs, appelés à cohabiter du fait de leurs activités, éprouvent plutôt du plaisir à se donner la mort. Dans toutes les régions du pays où les animateurs de ces deux secteurs d’activités se croisent, un bilan macabre est toujours au rendez-vous. Il suffit que des bœufs saccagent le champ d’un paysan pour qu’on enregistre des pertes en vies humaines. De la même manière, dès qu’un éleveur s’en prend à un agriculteur, cela se solde toujours par des cadavres. Les populations rurales habituées à ces bains de sang répétitifs ne savent plus où donner de la tête. Pourtant, ce n’est pas tant le vouloir-vivre ensemble qui fait défaut. Il y a que les bons leviers n’ont pas encore été actionnés.
Kétou et Malanville ont offert ces derniers temps le triste spectacle de la reprise des affrontements. A Kétou, la présence a priori dissuasive des forces de l’ordre dans le village objet du théâtre des manifestations n’a pas eu son effet. Les éleveurs, déterminés à venger les leurs précédemment attaqués, sont venus accomplir leur funeste dessein. Pleurs, lamentations, deuil et désolation ont sanctionné leur passage. Depuis lors, qu’est-ce qui a été fait pour prévenir de tels drames ? A la prochaine attaque, les mêmes déclarations des autorités seront réchauffées et elles passeront à autre chose, laissant les communautés des victimes dans la crainte et la douleur. Samedi dernier seulement encore, le village de Goungoun sis dans l’arrondissement de Guéné, commune de Malanville n’a pas échappé à la furie de la vendetta. 7 morts et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés. Au début du mois passé, c’est la commune de Kalalé qui était sur la sellette.
Pour mettre un terme à ces attaques d’un autre siècle, le gouvernement avait cru trouver la solution par le biais d’un arrêté interministériel portant interdiction de la transhumance frontalière. En effet, se fiant au constat selon lequel les éleveurs en provenance des pays frontaliers avec leurs troupeaux étaient souvent munis d’armes létales dont ils n’hésitaient pas à se servir, la parade trouvée a été de leur refuser l’accès sur le sol béninois. Mais cela n’a pas suffi pour ramener la quiétude tant recherchée. Les éleveurs locaux ou plutôt ceux ayant élu domicile au Bénin se sont avérés encore plus violents que leurs pairs étrangers. Qu’est-ce qui n’a pas marché pour que les nationaux soient encore plus aptes à dégainer ? Le diagnostic a-t-il été mal posé ? Quels sont les couloirs de circulation des armes avec lesquelles les protagonistes sèment la terreur ? Maintenant que le mal est toujours présent, que faut-il faire pour mettre un terme à cette violence qui ne finit pas ?
C’est là que réside le défi auquel sont confrontés les décideurs. Quand on interroge les faits et l’inefficacité des mesures prises jusque-là, il est évident que ce dossier qui s’apparente à une nébuleuse est mal cerné. C’est d’une impérieuse nécessité pour les pouvoirs publics de régler cette affaire qui ne cesse de prendre des allures inquiétantes. Il faut pouvoir trouver le mécanisme idoine dont l’application fera cohabiter dans la paix éleveurs et agriculteurs. Les nouveaux élus appelés à prendre incessamment service dans les 77 communes ont du pain sur la planche. Ce problème ne saurait être résolu sans leur implication. C’est en synergie avec le gouvernement qu’enfin la solution qui fait tant défaut sera trouvée pour le bonheur de tous.





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